🧠 Hans Küng : le théologien qui a forcé le catholicisme à se regarder dans le miroir

 

🧠 Hans Küng : le théologien qui a forcé le catholicisme à se regarder dans le miroir

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🇩🇪 Zusammenfassung auf Deutsch

Hans Küng (1928–2021) war ein Schweizer katholischer Priester und einer der einflussreichsten Theologen des deutschsprachigen Raums im 20. Jahrhundert. Er wirkte als peritus beim Zweiten Vatikanischen Konzil, lehrte in Tübingen und wurde durch seine Kritik am Unfehlbarkeitsdogma sowie durch sein Engagement für Ökumene und interreligiösen Dialog weltbekannt.

1979 entzog ihm Rom die kirchliche Lehrbefugnis als katholischer Theologe, weil er sich nach Auffassung der Glaubenskongregation von wesentlichen Punkten der katholischen Lehre entfernt hatte. Trotzdem blieb er eine zentrale intellektuelle Figur, besonders mit seinem Projekt eines globalen Ethos.


📰 Article

Né le 19 mars 1928 à Sursee, en Suisse, ordonné prêtre en 1954, formé à Rome puis à Paris, Hans Küng appartient à cette génération de théologiens catholiques qui ont voulu affronter de face la modernité intellectuelle. Très tôt, il se distingue par une curiosité œcuménique rare et par une volonté de dialogue avec la pensée protestante, notamment à travers sa thèse sur Karl Barth. Plus tard, il devient professeur à Tübingen et est nommé peritus au concile Vatican II, ce qui l’installe parmi les grandes voix théologiques de son temps.

Ce qui fait la singularité de Küng, ce n’est pas seulement son érudition, mais sa conviction qu’une théologie catholique crédible devait redevenir intelligible à l’homme contemporain. Là où d’autres défendaient d’abord les formulations acquises, lui voulait repartir des questions : qu’est-ce que croire dans un monde scientifique ? comment parler de l’Église après les catastrophes du XXᵉ siècle ? comment maintenir une prétention à la vérité sans se couper du dialogue ? Cette posture explique à la fois son rayonnement et les soupçons qu’il a suscités.

1. L’infaillibilité pontificale : le point de rupture

L’idée la plus explosive de Küng est sa critique du dogme de l’infaillibilité pontificale, surtout dans son livre Unfehlbar? Eine Anfrage (Infallible? An Inquiry, 1970). Il ne cherchait pas à abolir toute autorité doctrinale dans l’Église ; son argument était plus fin et plus déstabilisant : il contestait la manière dont l’infaillibilité avait été formulée et comprise depuis Vatican I, estimant qu’une telle conception risquait de transformer le magistère en instance juridiquement blindée, trop peu exposée à la correction historique et ecclésiale.

Pourquoi cette thèse a-t-elle provoqué une telle crise ? Parce qu’elle touchait non un point secondaire, mais une question de structure : si l’on redéfinit l’infaillibilité, on redéfinit aussi le rapport entre le pape, les évêques, la tradition et la réception de la foi par l’ensemble de l’Église. Rome a jugé que Küng ne soulevait plus seulement une question académique, mais mettait objectivement en cause un dogme à tenir. C’est ce désaccord de fond qui conduira la Congrégation pour la doctrine de la foi à déclarer en 1979 qu’il ne pouvait plus être considéré comme théologien catholique exerçant une mission d’enseignement au nom de l’Église.

2. L’Église comme institution à réformer

Küng a constamment plaidé pour une réforme institutionnelle de l’Église. Derrière cette formule, il faut entendre plusieurs choses : davantage de collégialité épiscopale, un rôle plus important pour les laïcs, une attitude plus critique envers le centralisme romain, et une réévaluation de disciplines comme le célibat sacerdotal. Son intuition était que l’Église ne pouvait pas continuer à se présenter comme une société quasi monarchique sans perdre en crédibilité évangélique dans les sociétés modernes.

Ce point mérite explication : chez Küng, la réforme n’est pas d’abord une concession au monde, mais une tentative de retour à une Église plus évangélique, plus synodale, plus proche de ses sources. Ses détracteurs, eux, y ont vu le risque inverse : celui d’une Église trop perméable aux catégories politiques contemporaines, où la logique de participation finirait par dissoudre la spécificité sacramentelle et hiérarchique du catholicisme. C’est l’un des grands nœuds de sa réception : pour les uns, il libère ; pour les autres, il désosse.

3. L’œcuménisme : sortir du réflexe de forteresse

Bien avant que cela devienne presque banal dans certains milieux, Küng a été un théologien de l’œcuménisme. Son travail sur Karl Barth n’était pas un geste mondain, mais le signe d’une conviction profonde : l’Église catholique ne pouvait plus penser sa vérité comme si les autres traditions chrétiennes n’avaient rien à lui dire. Il voulait dépasser l’opposition stérile entre identité et dialogue.

Concrètement, cela signifie que Küng a cherché des formulations capables de rendre le catholicisme à la fois fidèle à lui-même et intelligible pour des protestants, des orthodoxes et, plus largement, pour des interlocuteurs non catholiques. Il ne s’agissait pas chez lui de relativiser toutes les confessions, mais de considérer que l’unité chrétienne demandait autre chose que la simple répétition des différences. Là encore, ses adversaires lui ont reproché de trop atténuer les frontières doctrinales.

4. Le dialogue interreligieux et le projet de “Weltethos”

Dans la seconde partie de sa vie, Küng s’est fait le promoteur d’un dialogue interreligieux à large échelle. Son idée la plus célèbre est celle du Weltethos — l’“éthique planétaire” ou “éthique mondiale” — qu’il formalise dans les années 1990 et qu’il institutionnalise avec la Fondation Weltethos, fondée en 1995. Son intuition est devenue célèbre : pas de paix entre les nations sans paix entre les religions.

Il faut bien comprendre ce qu’il cherchait. Küng ne voulait pas fabriquer une super-religion vague. Il cherchait un noyau éthique minimal, partagé entre grandes traditions religieuses et philosophiques : dignité humaine, réciprocité, non-violence, justice, vérité. Pour lui, dans un monde globalisé et conflictuel, la théologie ne pouvait plus rester enfermée dans les querelles intra-ecclésiales. Le christianisme devait aussi contribuer à une grammaire morale commune. Ses critiques ont cependant estimé que ce projet pouvait donner l’impression que le salut chrétien se réduisait à un humanisme universel poli et exportable.

5. Foi et modernité : un catholicisme pensable après Kant, Freud et Auschwitz

Plus largement, Küng a cherché à rendre la foi pensable dans la modernité. Cela passe chez lui par une confrontation avec la philosophie moderne, avec la critique historique, avec les sciences humaines, avec l’athéisme, et avec la catastrophe morale du XXᵉ siècle. Il ne voulait pas d’une théologie qui survive en vase clos, protégée du monde par des formules impeccables mais inopérantes.

C’est ici que beaucoup de lecteurs l’ont trouvé stimulant. Même ceux qui refusaient ses conclusions reconnaissaient qu’il obligeait la théologie à faire son travail au lieu de simplement administrer un patrimoine conceptuel. Mais c’est aussi là que ses critiques voyaient une pente dangereuse : quand on adapte trop le langage de la foi aux critères du monde moderne, est-ce encore la foi qui juge le monde, ou le monde qui recompose la foi à son image ? Küng a vécu exactement sur cette ligne de fracture.

6. Le conflit avec Rome : condamnation, mais pas disparition

Le moment décisif arrive en 1979. La déclaration romaine est nette : Hans Küng, dit le texte, “s’écarte de l’intégrité de la vérité de la foi catholique” et ne peut plus être considéré comme théologien catholique exerçant une mission d’enseignement. Cette sanction ne le réduit pas au silence : il reste prêtre, il demeure universitaire, et un compromis trouvé à Tübingen lui permet de continuer à enseigner, mais hors du cadre facultaire catholique proprement dit.

C’est là le paradoxe Küng : institutionnellement marginalisé, intellectuellement central. À partir de ce moment, il n’est plus vraiment dans le système romain, mais il reste l’un des auteurs que l’on doit lire pour comprendre le catholicisme germanophone contemporain, ses enthousiasmes, ses fractures, ses impatiences et ses impasses.

7. Pourquoi il compte dans l’histoire intellectuelle du catholicisme germanique

Hans Küng compte parce qu’il a condensé plusieurs tensions majeures du catholicisme moderne : réforme ou continuité, autorité ou débat, identité ou dialogue, dogme ou histoire, universalité chrétienne ou pluralisme mondial. Il n’a pas seulement proposé des réponses ; il a redéfini les questions elles-mêmes. C’est souvent cela, au fond, qui fait une “immense figure” : pas l’absence d’erreur, mais l’impossibilité de l’éviter dans le récit général.

On peut juger sa critique de l’infaillibilité destructrice, son œcuménisme trop large, son projet d’éthique mondiale trop consensuel. On peut, à l’inverse, le tenir pour une conscience prophétique que Rome n’a jamais vraiment su intégrer. Dans les deux cas, il demeure une pièce maîtresse de l’histoire intellectuelle du catholicisme germanique. On ne traverse pas le XXᵉ siècle théologique de langue allemande sans le rencontrer.


🏛️ Note culturelle

Le petit paradoxe savoureux que tu relevais n’est pas sans charme : Hans Küng naît le 19 mars, fête de saint Joseph — patron du prénom de Joseph Ratzinger. D’un côté Küng, le grand contestataire du centralisme romain ; de l’autre Ratzinger, son collègue de Tübingen devenu gardien du dogme puis pape. Le calendrier liturgique a parfois un sens de l’ironie que les historiens n’oseraient pas inventer.


🇬🇧 Key points (English)

  • Hans Küng was a Swiss Catholic priest and theologian born in 1928 in Sursee.

  • He served as a theological expert at Vatican II and taught for decades at Tübingen.

  • His major controversy centered on his critique of papal infallibility.

  • In 1979, Rome declared that he could no longer be considered a Catholic theologian with a teaching mandate.

  • He remained influential through his writings on church reform, ecumenism, and modernity.

  • He later became widely known for the “Global Ethic” project and interreligious dialogue.

📚 Sources

  • Fondation Weltethos, biographie et chronologie de Hans Küng.

  • Encyclopædia Britannica, notice biographique.

  • Congrégation pour la doctrine de la foi, déclarations de 1975 et 1979. 

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