20 juillet 1933 : le Reichskonkordat, protection juridique ou marché avec le diable ?

 


Signé entre le Saint-Siège et l’Allemagne nazie, le concordat demeure l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire catholique allemande






Saint du jour : le bienheureux Bernhard de Hildesheim

Bernhard fut évêque de Hildesheim de 1130 à 1153. Ancien scholastique puis prévôt de la cathédrale, il obtint auprès du pape Innocent II la canonisation de son prédécesseur, saint Godehard. Il fonda ensuite à Hildesheim un monastère bénédictin et fit construire la basilique romane Saint-Godehard. Devenu aveugle, il renonça à sa charge et mourut le 20 juillet 1154.

Sa mémoire est célébrée le 20 juillet dans la basilique où il fut enterré. Bernhard rappelle que l’autorité ecclésiastique ne se mesure pas seulement aux accords conclus avec les puissants, mais aussi à ce qu’elle transmet aux générations suivantes.

Zusammenfassung

Am 20. Juli 1933 unterzeichneten der Heilige Stuhl und das nationalsozialistische Deutsche Reich das Reichskonkordat. Der Vatikan hoffte, dadurch die Rechte der katholischen Kirche rechtlich zu sichern. Das NS-Regime nutzte den Vertrag jedoch auch zur internationalen Anerkennung und verletzte bald zahlreiche Bestimmungen. Bis heute bleibt die Frage umstritten, ob das Konkordat ein notwendiger Schutzvertrag oder ein schwerer diplomatischer Fehler war.

Un accord signé dans une Allemagne déjà mise au pas

Le 20 juillet 1933, le cardinal secrétaire d’État Eugenio Pacelli, futur Pie XII, et le vice-chancelier allemand Franz von Papen signèrent à Rome un concordat entre le Saint-Siège et le Reich allemand. Ratifié le 10 septembre suivant, le traité devait organiser les relations entre l’État et l’Église catholique sur l’ensemble du territoire allemand.

Le texte garantissait notamment la liberté de confession, le maintien des diocèses, la formation du clergé, l’enseignement religieux et l’existence de certaines organisations catholiques. En contrepartie, les membres du clergé et les religieux devaient se tenir à l’écart des partis politiques.

La difficulté saute aujourd’hui aux yeux : le traité fut conclu quelques mois seulement après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir, alors que les libertés publiques disparaissaient et que le régime imposait progressivement sa domination sur la société allemande.

Ce que recherchait le Vatican

Le Saint-Siège ne découvrait pas l’idée d’un concordat avec l’Allemagne en 1933. Des projets avaient déjà été discutés sous la République de Weimar. Mais l’effondrement rapide des institutions démocratiques et la dissolution des organisations catholiques réduisirent brutalement les possibilités d’action de l’Église. Des historiens considèrent ainsi que le Vatican cherchait avant tout à conserver une base juridique à laquelle il pourrait ensuite se référer pour défendre les diocèses, les écoles, les associations et les fidèles.

Cette stratégie ne signifiait pas nécessairement une adhésion au nazisme. Elle supposait cependant que le régime respecterait au moins partiellement un engagement international, espoir que les événements allaient rapidement démentir.

Ce que recherchait Hitler

Pour le nouveau régime, l’accord représentait une victoire diplomatique. Il donnait l’image d’un gouvernement reconnu par une grande institution internationale et pouvait rassurer une population catholique encore méfiante envers le national-socialisme.

Le Musée historique allemand souligne que l’intérêt d’Hitler était principalement tactique : le concordat devait neutraliser les résistances catholiques et faciliter l’intégration de la société dans le nouvel État. Dès les années suivantes, la presse, les écoles, les associations de jeunesse et les organisations catholiques subirent pourtant des restrictions croissantes.

Le régime multiplia les violations du traité, tandis que des prêtres et des militants catholiques furent surveillés, arrêtés ou envoyés en camp. En 1937, Pie XI dénonça publiquement ces manquements dans l’encyclique Mit brennender Sorge, diffusée clandestinement puis lue dans les églises allemandes.

Pourquoi cela compte

Le Reichskonkordat résiste aux jugements simples. Le présenter uniquement comme une bénédiction catholique accordée à Hitler efface les persécutions déjà engagées et l’objectif défensif du Saint-Siège. Le décrire seulement comme un bouclier protecteur minimise en revanche le bénéfice symbolique et diplomatique que le régime nazi en tira.

L’accord fut-il une prudence nécessaire face à une dictature, ou une illusion diplomatique qui contribua à désarmer politiquement les catholiques allemands ? Probablement un peu des deux. L’histoire possède parfois cette désagréable habitude de refuser les verdicts confortables.

Le traité est d’autant plus singulier qu’il demeure juridiquement en vigueur dans l’Allemagne contemporaine. La République fédérale en a reconnu la continuité, même si plusieurs de ses dispositions ont depuis été adaptées par le droit constitutionnel et les accords conclus avec les Länder.


À retenir

Le Reichskonkordat fut signé le 20 juillet 1933. Le Vatican espérait garantir juridiquement les droits de l’Église ; Hitler cherchait surtout une reconnaissance et l’apaisement de la population catholique. Le régime viola rapidement de nombreuses dispositions, mais le traité demeure encore une référence juridique dans l’Allemagne actuelle.

Note culturelle

La basilique Saint-Godehard de Hildesheim, fondée par le bienheureux Bernhard, est l’un des grands exemples de l’architecture romane de Basse-Saxe. Alors que les régimes politiques passent et que les traités vieillissent, la pierre conserve parfois une mémoire plus durable que les chancelleries.

Sources

Archives du Saint-Siège ; Musée historique allemand ; Commission pour l’histoire contemporaine ; Deutsche Biographie ; diocèse de Hildesheim.

Pour aller plus loin

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Le Saint-Siège avait-il une autre solution réaliste en 1933 ? Le concordat fut-il un moyen imparfait de protéger l’Église ou une erreur politique majeure ? Partagez votre analyse dans les commentaires.

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