Allemagne : catholiques et protestants enseigneront désormais la religion chrétienne ensemble

 

À partir de l’année scolaire 2026-2027, la Basse-Saxe remplacera progressivement les cours séparés de religion catholique et évangélique par une matière commune. Un laboratoire œcuménique qui entend sauvegarder la transmission chrétienne sans effacer les différences confessionnelles.




Saint du jour

Saint Pantaléon de Nicomédie, médecin et martyr

Médecin à la cour de l’empereur Galère, Pantaléon aurait retrouvé la foi chrétienne après s’en être éloigné durant ses études. Selon la tradition, il soignait gratuitement les pauvres et associait la médecine du corps au témoignage évangélique. Il fut martyrisé au début du IVe siècle.

Très populaire dans l’Orient chrétien, saint Pantaléon est également honoré dans le monde germanique comme l’un des quatorze saints auxiliaires, invoqués autrefois contre les maladies et les grands périls. L’église Saint-Pantaléon de Cologne, l’une des plus anciennes églises romanes de la ville, témoigne de l’ancienneté de son culte en Allemagne.

Résumé 

Mit Beginn des Schuljahres 2026/27 führt Niedersachsen schrittweise das neue Fach „Christliche Religion nach evangelischen und katholischen Grundsätzen“ ein. Es ersetzt den bisher getrennten evangelischen und katholischen Religionsunterricht und wird von beiden Kirchen gemeinsam verantwortet. Das bundesweit einzigartige Modell bleibt konfessioneller Religionsunterricht im Sinne des Grundgesetzes. Es soll biblische Grundlagen, christliche Traditionen und ethische Fragen vermitteln, ohne die Unterschiede zwischen katholischem und evangelischem Glauben zu verschweigen. Das Projekt ist zugleich eine Antwort auf Säkularisierung, religiöse Vielfalt und sinkende Mitgliederzahlen der Kirchen.

Article

La Basse-Saxe inaugurera, à partir de l’année scolaire 2026-2027, une nouvelle matière intitulée « Religion chrétienne selon les principes évangéliques et catholiques ». Elle remplacera progressivement les enseignements catholique et protestant jusqu’ici organisés séparément.

L’expérience est présentée comme une première à l’échelle de l’Allemagne. Le projet ne crée pas un simple cours général consacré aux religions. Il demeure un enseignement confessionnel au sens de l’article 7 de la Loi fondamentale allemande et sera placé sous la responsabilité conjointe des Églises catholique et évangéliques.

Les programmes s’appuieront sur la Bible, l’histoire du christianisme et les grandes questions éthiques. Ils aborderont notamment la dignité humaine, la responsabilité, la solidarité et l’amour du prochain. Le point de départ devra souvent être l’expérience concrète des élèves, y compris celle des enfants qui ne vivent plus dans un milieu chrétien pratiquant.

Le modèle répond à une transformation profonde du paysage religieux allemand. Durant l’année scolaire 2024-2025, environ 65 % des élèves de Basse-Saxe participaient encore à un cours de religion chrétienne, alors que seulement 52 % appartenaient officiellement à l’Église catholique ou à l’une des Églises protestantes. L’enseignement religieux attire donc aussi des enfants sans confession ou issus d’autres traditions.

La réforme permet également de résoudre des difficultés très pratiques. Dans certaines écoles, le nombre d’élèves catholiques est devenu trop faible pour constituer une classe distincte. Le recrutement d’enseignants qualifiés devient plus difficile et la séparation confessionnelle paraît de moins en moins naturelle à des enfants qui grandissent ensemble.

Catholiques et protestants pratiquent déjà depuis plus de vingt ans en Basse-Saxe différentes formes de coopération scolaire. La nouvelle matière franchit toutefois un seuil supplémentaire : elle ne consiste plus seulement à réunir occasionnellement deux groupes, mais à confier durablement le même enseignement aux deux confessions.

Reste une question délicate : comment enseigner ensemble ce qui demeure séparé dans la vie ecclésiale ? Les programmes devront présenter les divergences concernant l’Eucharistie, le ministère ordonné, la succession apostolique, la place de la Vierge Marie et l’autorité du pape. Un œcuménisme sérieux ne peut transformer ces différences en détails folkloriques, pas davantage qu’il ne peut réduire le christianisme à quelques valeurs aimables.

Le risque serait de produire un christianisme scolaire sans véritable contenu confessionnel. Mais l’expérience pourrait aussi permettre aux élèves de comprendre pourquoi catholiques et protestants professent ensemble le Credo tout en ne partageant pas encore pleinement les mêmes sacrements.

Le succès dépendra donc largement de la formation des enseignants. Ceux-ci devront connaître leur propre tradition et être capables de présenter celle de l’autre sans caricature. La neutralité apparente née de l’ignorance serait ici moins féconde qu’une différence clairement expliquée.

Dans une société où la mémoire chrétienne s’efface, la séparation rigoureuse de classes devenues minuscules aurait peut-être conduit, à terme, à la disparition pure et simple de l’enseignement confessionnel. La Basse-Saxe tente une autre voie : réunir les forces sans prétendre que l’unité ecclésiale est déjà accomplie.

Ce laboratoire mérite donc d’être observé avec intérêt, mais aussi avec vigilance. L’œcuménisme scolaire ne portera du fruit que s’il transmet une foi suffisamment consistante pour que les élèves puissent ensuite comprendre ce qui unit les chrétiens et ce qui les sépare encore.

Note culturelle

L’église Saint-Pantaléon de Cologne appartient au groupe prestigieux des douze grandes basiliques romanes de la ville. Fondée dans l’Antiquité tardive puis agrandie au Xe siècle, elle fut étroitement liée à l’impératrice byzantine Théophano, épouse d’Otton II, qui y fut ensevelie en 991.

Le choix d’un martyr oriental comme patron d’une grande église impériale allemande rappelle que le christianisme européen s’est formé bien avant les divisions entre catholiques, orthodoxes et protestants. Saint Pantaléon pourrait ainsi devenir, avec un peu d’audace pédagogique, un excellent premier cours de « Religion chrétienne ».

Sources

Ministère de l’Éducation de Basse-Saxe : dispositions officielles concernant la nouvelle matière

Diocèse de Hildesheim : présentation de l’enseignement religieux chrétien commun

Evangelisch.de : la Basse-Saxe introduit la nouvelle matière « Religion chrétienne »

Pour aller plus loin

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