Le Neuvième Jour : quand un prêtre doit négocier avec le mal
Dans le film de Volker Schlöndorff, la résistance chrétienne ne prend pas la forme d’un grand discours héroïque, mais celle d’une conscience enfermée pendant neuf jours
Saint du jour : saint Bernulf d’Utrecht
Bernulf, également appelé Bernold, fut évêque d’Utrecht au XIe siècle. Il participa à la réforme de l’Église et encouragea le renouvellement de la vie ecclésiale dans les territoires du nord de l’Empire. La tradition lui attribue également la construction ou la restauration de plusieurs églises. Mort le 19 juillet 1054, il demeure une figure du christianisme germanique et néerlandais médiéval.
Sa mémoire rappelle qu’un évêque ne protège pas l’Église en préservant seulement ses bâtiments ou son influence : il doit aussi maintenir sa liberté spirituelle face aux puissances du temps.
Zusammenfassung
Volker Schlöndorffs Film Der neunte Tag erzählt die Geschichte eines katholischen Priesters, der für neun Tage aus dem Konzentrationslager Dachau entlassen wird. Die Gestapo versucht, ihn zur Zusammenarbeit zu zwingen und gegen seinen Bischof einzusetzen. Der Film zeigt den christlichen Widerstand nicht als einfache Heldengeschichte, sondern als einsamen Kampf des Gewissens gegen Angst, Erpressung und Verrat.
Un prêtre provisoirement libéré de Dachau
Réalisé par Volker Schlöndorff et sorti en 2004, Le Neuvième Jour s’inspire du témoignage de Jean Bernard, prêtre luxembourgeois détenu dans le « bloc des prêtres » du camp de concentration de Dachau entre 1941 et 1942. Le film ne reprend toutefois pas son histoire comme un documentaire : il crée le personnage de l’abbé Henri Kremer, libéré pendant neuf jours pour une raison qui demeure d’abord mystérieuse.
Cette permission exceptionnelle se révèle rapidement être un piège. Un jeune officier de la Gestapo exige du prêtre qu’il utilise son influence pour convaincre l’évêque de Luxembourg de coopérer avec le régime nazi. S’il refuse, il devra retourner à Dachau. S’il s’enfuit, sa famille et les autres prêtres détenus risquent de subir les représailles.
Le film ne demande donc pas seulement si un homme peut résister à la torture. Il pose une question plus inquiétante : que reste-t-il de la liberté lorsque chacune de nos décisions peut condamner quelqu’un d’autre ?
La tentation sous les apparences de la raison
L’officier nazi ne se présente pas comme un monstre hurlant. Ancien séminariste, il connaît l’Écriture, la théologie et les faiblesses humaines. Il prétend même que l’Église pourrait sauver sa place en Europe en acceptant de collaborer avec un pouvoir qui affirme combattre le communisme.
C’est là toute la force du film. Le mal n’arrive pas toujours en uniforme noir pour annoncer qu’il est le mal. Il raisonne, cite la Bible, invoque l’efficacité et présente la trahison comme un compromis raisonnable.
Schlöndorff transforme ainsi le film historique en drame de conscience. L’abbé Kremer n’est pas un héros de vitrail. Il a peur, il doute et il mesure le prix humain de chacun de ses choix. Sa résistance prend naissance précisément dans cette fragilité.
Pourquoi cela compte
Le cinéma consacré au nazisme insiste souvent sur les batailles, les réseaux clandestins ou les grandes figures politiques. Le Neuvième Jour montre une autre forme de résistance : celle d’un homme auquel on demande de donner une apparence chrétienne à l’injustice.
Cette question reste actuelle. Jusqu’où peut-on négocier pour protéger une institution ? À quel moment la prudence devient-elle collaboration ? Une Église sauve-t-elle sa présence lorsqu’elle sacrifie sa parole ?
Le film ne fournit aucune réponse confortable. Il rappelle seulement que la conscience chrétienne n’est pas un refuge intérieur : elle engage parfois la vie des autres et interdit de se déclarer innocent simplement parce que l’on n’a pas tenu l’arme.
À retenir
Le Neuvième Jour s’inspire de l’expérience du prêtre luxembourgeois Jean Bernard ; le film montre la Gestapo utilisant la théologie, la famille et la solidarité entre prisonniers comme instruments de pression ; son véritable sujet est moins Dachau que l’impossibilité de déléguer sa conscience.
Note culturelle
Dachau fut le principal lieu de concentration des prêtres détenus par le régime nazi. Le cinéma allemand a longtemps hésité à représenter directement les camps. Schlöndorff choisit une mise en scène resserrée, presque étouffante, qui évite le spectaculaire et place le spectateur devant la décision morale du personnage.
Sources
Filmportal.de ; documentation consacrée à Volker Schlöndorff ; témoignage de Jean Bernard ; katholisch.de.
Pour aller plus loin
Sophie Scholl, la jeune Allemande qui opposa sa conscience au Reich
Otto Neururer, le prêtre qui défia le nazisme jusqu’à la mort
Commenter
Le prêtre du film devait-il refuser immédiatement tout dialogue avec la Gestapo, même au risque de provoquer des représailles ? Partagez votre lecture du film et votre réflexion sur les limites du compromis.
S’abonner
Abonnez-vous au blog pour découvrir d’autres films, écrivains, artistes et témoins qui ont façonné la conscience chrétienne du monde germanique.
Commentaires
Enregistrer un commentaire