En Allemagne, seuls 28 % des habitants croient encore que Jésus est le Fils de Dieu

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Derrière l’effondrement du christianisme culturel apparaît peut-être une foi plus minoritaire, mais aussi plus consciente et plus confessante.





Saint du jour : saint Pierre-Julien Eymard

Prêtre français du XIXe siècle, saint Pierre-Julien Eymard plaça l’Eucharistie au centre de sa vie spirituelle. Fondateur de la Congrégation du Saint-Sacrement, il voulait conduire les fidèles vers une rencontre personnelle avec le Christ réellement présent. Sa fête, célébrée le 2 août, rappelle opportunément que le christianisme n’est pas seulement une tradition culturelle ou un ensemble de valeurs, mais la foi en une personne vivante.


Zusammenfassung

Nur 28 Prozent der Deutschen glauben noch, dass Jesus Christus der Sohn Gottes ist. Die Allensbach-Umfrage aus dem Jahr 2025 bestätigt den tiefen Rückgang des christlichen Glaubens. Bischof Rudolf Voderholzer fordert deshalb, Christus wieder in den Mittelpunkt der Verkündigung zu stellen. Gleichzeitig zeigen neuere Zahlen von 2026, besonders unter jungen Menschen, ein mögliches Wiedererwachen des Glaubens an die Auferstehung.


Article

Un chiffre peut parfois résumer une crise spirituelle mieux qu’un long rapport : seuls 28 % des habitants de l’Allemagne déclarent croire que Jésus-Christ est le Fils de Dieu.

Cette donnée, récemment remise en lumière par plusieurs médias catholiques, provient d’une enquête réalisée en 2025 par l’Institut für Demoskopie Allensbach. Elle ne concernait pas seulement les catholiques, mais un échantillon représentatif de 1 321 personnes âgées de 16 ans ou plus, interrogées en face à face dans l’ensemble de la population allemande.

Il faut donc éviter une première confusion : cela ne signifie pas que seuls 28 % des catholiques allemands reconnaissent la divinité du Christ. Le chiffre mesure l’état religieux de toute la société allemande. Il n’en reste pas moins impressionnant, car la question porte sur le cœur même du Credo chrétien.

En 1986, dans l’ancienne Allemagne de l’Ouest, 56 % des personnes interrogées affirmaient encore croire que Jésus-Christ était le Fils de Dieu. Quarante ans plus tard, la proportion nationale est tombée à 28 %. L’érosion ne concerne d’ailleurs pas seulement cette affirmation : 18 % croient à la résurrection des morts dans le Royaume de Dieu, 33 % se définissent comme religieux, 43 % comme non religieux et 12 % comme athées convaincus.

Le christianisme conserve pourtant une image partiellement positive. Une majorité d’Allemands l’associe encore à l’amour du prochain, à la bienfaisance et à l’aide aux personnes défavorisées. Mais cette estime morale ne conduit plus nécessairement à la foi. Jésus reste volontiers admiré comme maître d’humanité, tandis que sa filiation divine, sa résurrection et la promesse du salut deviennent étrangères à une grande partie de la population.

Autrement dit, l’Allemagne semble vouloir conserver les fruits sociaux du christianisme après avoir progressivement oublié l’arbre qui les portait.

Une sécularisation profonde

La situation allemande ne peut pas être attribuée à une seule cause. La déchristianisation de l’ancienne Allemagne de l’Est, profondément marquée par plusieurs décennies de communisme, pèse fortement sur les statistiques nationales. Mais l’Ouest connaît lui aussi un recul continu de la pratique, de la transmission familiale et de la connaissance élémentaire du christianisme.

L’individualisation des croyances joue également un rôle important. De nombreux Allemands continuent de croire à une force supérieure, aux anges, aux miracles ou à une forme de spiritualité naturelle, tout en refusant les affirmations précises du christianisme. La foi chrétienne structurée cède ainsi du terrain devant un univers religieux plus vague, composé d’intuitions personnelles et de croyances choisies à la carte.

Le christianisme culturel ne disparaît pas complètement. Noël, les églises historiques, la musique sacrée, les fêtes et certaines valeurs demeurent appréciés. Mais ils risquent de devenir les vestiges esthétiques d’une foi dont le contenu n’est plus compris.

L’avertissement de Mgr Rudolf Voderholzer

L’évêque de Ratisbonne, Mgr Rudolf Voderholzer, a commenté ces résultats avec gravité. Selon lui, la sécularisation devrait préoccuper tous les milieux ecclésiaux. La première question posée à l’Église ne devrait donc pas être celle de son organisation interne, mais celle de sa capacité à annoncer de nouveau, avec conviction, ce qui constitue l’essence du christianisme.

Le prélat reprend à ce sujet une formule de Johann Michael Sailer, évêque de Ratisbonne au XIXe siècle : « Dieu dans le Christ, le salut pour le monde pécheur. »

Cette affirmation paraît simple, presque élémentaire. Elle rappelle pourtant ce que les débats ecclésiaux allemands risquent parfois de reléguer au second plan. Une Église peut discuter de gouvernance, de participation, de structures, de sexualité, de finances ou de répartition des responsabilités. Mais si elle ne sait plus dire qui est Jésus-Christ, toutes ses réformes finissent par tourner autour d’un centre devenu vide.

Mgr Voderholzer observe d’ailleurs que l’Église allemande est souvent perçue, dans le reste du monde catholique, comme celle qui « problématise tout » et remet constamment tout en question. Au cours d’un voyage à Madagascar, il dit avoir rencontré une Église matériellement pauvre, mais joyeuse dans la foi. À l’inverse, le catholicisme allemand dispose d’institutions puissantes, d’un personnel nombreux et de ressources considérables, tout en peinant à transmettre les fondements du Credo.

Le contraste est cruel : on peut posséder des structures prospères et manquer de missionnaires, financer d’innombrables commissions et ne plus trouver les mots pour parler du Christ.

Le vieux monde chrétien disparaît-il entièrement ?

Il serait cependant trop simple de ne voir dans ces chiffres qu’un déclin continu et irréversible.

Une enquête réalisée par INSA du 27 au 30 mars 2026 auprès de 2 006 adultes a révélé que 28 % des Allemands adhéraient à l’affirmation selon laquelle Jésus-Christ est corporellement ressuscité des morts. Ils n’étaient que 19 % en 2022.

La progression apparaît particulièrement forte chez les catholiques : 44 % disent croire à la résurrection corporelle du Christ, soit treize points de plus qu’en 2022. Plus étonnant encore, cette foi atteint 43 % parmi les personnes âgées de 18 à 29 ans, contre seulement 20 % chez les plus de 70 ans.

Les deux enquêtes ne posent pas exactement la même question et ne doivent pas être artificiellement confondues. Elles pourraient néanmoins révéler deux mouvements simultanés.

D’un côté, le christianisme culturel majoritaire continue de s’effondrer. De l’autre, une partie de la jeunesse semble redécouvrir des affirmations chrétiennes précises, exigeantes et surnaturelles. La foi ne se transmet plus automatiquement par la famille, l’école ou l’environnement social. Mais lorsqu’elle est choisie, elle peut devenir plus personnelle et plus confessante.

Mgr Voderholzer croit discerner ce phénomène en France, en Angleterre et aux États-Unis, où certains jeunes manifestent une attirance nouvelle pour une foi authentique, la prière, la liturgie, les sacrements et une doctrine clairement exprimée.

La renaissance éventuelle du christianisme allemand ne prendra probablement pas la forme d’un retour au catholicisme sociologique des années 1950. Elle pourrait commencer dans de petites communautés, parmi des convertis, des familles pratiquantes, des étudiants, des monastères et des paroisses capables de proposer une véritable vie spirituelle.

L’Église allemande entre ainsi dans un temps de dépouillement. Elle doit probablement accepter de devenir moins puissante socialement afin de redevenir plus lisible spirituellement. La question décisive n’est plus de savoir comment conserver toutes les structures héritées du passé, mais comment former des chrétiens capables de répondre simplement à la question : « Pour vous, qui suis-je ? »

Lorsque seuls 28 % des habitants reconnaissent encore Jésus comme le Fils de Dieu, l’urgence n’est pas de rendre le Credo plus discret. Elle est de recommencer à l’annoncer.


Note culturelle : Benoît XVI et la « démondanisation » de l’Église

En septembre 2011, à Fribourg-en-Brisgau, Benoît XVI avait appelé l’Église allemande à une forme de « démondanisation » (Entweltlichung). Il ne proposait pas une fuite hors de la société, mais une libération à l’égard des privilèges, des habitudes administratives et des préoccupations institutionnelles susceptibles d’obscurcir la mission.

Cette parole paraît aujourd’hui presque prophétique. Une Église moins soutenue par la coutume et moins sûre de sa place sociale peut retrouver l’essentiel : annoncer Dieu, célébrer les sacrements et conduire les hommes vers le Christ.

La diminution numérique n’est donc pas nécessairement la fin de l’histoire. Elle peut également devenir une purification. Mais encore faut-il que le petit troupeau restant sache pourquoi il croit et en qui il a placé son espérance.


Sources


Pour aller plus loin

Lire le discours de Benoît XVI sur la démondanisation de l’Église

Découvrir l’analyse de l’Institut Allensbach sur la culture chrétienne sans chrétiens

Comparer les enquêtes allemandes de 2026 sur la résurrection

Découvrir saint Pierre-Julien Eymard, l’apôtre de l’Eucharistie


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Que révèle selon vous ce chiffre de 28 % : la disparition progressive du christianisme allemand ou la fin d’un catholicisme seulement culturel ?

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Für Gottes größere Ehre.



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