🇨🇭 Hans Urs von Balthasar : pourquoi quitta-t-il les jésuites ?
Le théologien suisse quitta les jésuites pour rester fidèle à une mission qu’il estimait reçue de Dieu.
Saint du jour
Bienheureux Innocent XI
Innocent XI, né Benedetto Odescalchi en 1611, fut pape de 1676 à 1689. Réformateur austère, il combattit notamment le népotisme et chercha à assainir les finances pontificales. Dans l'espace germanique, son nom reste surtout associé au soutien apporté à la coalition qui permit la délivrance de Vienne assiégée par les Ottomans en 1683. Pie XII le béatifia en 1956.
Zusammenfassung
Hans Urs von Balthasar wurde am 12. August 1905 in Luzern geboren und trat 1929 in die Gesellschaft Jesu ein. 1950 verließ er nach einer langen Gewissensprüfung den Jesuitenorden, weil seine Oberen ihn nicht für die gemeinsame Aufgabe mit Adrienne von Speyr und der Johannesgemeinschaft freistellten. Der Schritt bedeutete jedoch keinen Bruch mit der ignatianischen Spiritualität: Balthasar blieb Ignatius von Loyola sein Leben lang tief verbunden. Seine Geschichte wirft deshalb eine ungewöhnliche Frage auf: Kann Treue zu einer Berufung manchmal dazu führen, eine geliebte religiöse Gemeinschaft zu verlassen?
Article
Le 12 août 1905, Hans Urs von Balthasar naît à Lucerne dans une vieille famille catholique suisse. Vingt-quatre ans plus tard, il entre dans la Compagnie de Jésus.
Et en 1950, il la quitte.
Pourquoi l'un des théologiens catholiques les plus profondément marqués par saint Ignace a-t-il abandonné les jésuites ?
La réponse n'est ni une crise de foi ni une rupture doctrinale.
Elle commence à Bâle en 1940.
Balthasar y exerce comme aumônier d'étudiants lorsqu'il rencontre Adrienne von Speyr, médecin suisse alors protestante. Il l'accompagne dans son cheminement vers le catholicisme et la baptise cette même année. Peu à peu, il devient également le confident de son expérience mystique.
De cette rencontre naît un projet commun.
En 1945, Balthasar et von Speyr fondent la Johannesgemeinschaft, la Communauté Saint-Jean : une forme de vie consacrée destinée à des personnes demeurant au cœur du monde.
L'idée correspond précisément à une intuition qui restera centrale chez Balthasar : on peut appartenir radicalement au Christ sans nécessairement quitter la société pour entrer dans un monastère.
Mais un problème institutionnel apparaît.
La Compagnie de Jésus ne souhaite pas assumer la responsabilité de cette nouvelle fondation et ne libère pas Balthasar pour qu'il puisse se consacrer à son développement. Selon la biographie de référence de la Communauté Saint-Jean, ses supérieurs ne l'autorisent pas à poursuivre comme il le souhaite sa collaboration avec Adrienne von Speyr.
Balthasar se retrouve alors devant un choix particulièrement douloureux.
Rester jésuite signifie renoncer à ce qu'il croit être devenu sa mission.
Poursuivre cette mission signifie quitter la Compagnie.
Il ne décide pas rapidement.
Les sources parlent au contraire d'un long discernement de conscience. Balthasar considérait la Compagnie de Jésus comme sa patrie spirituelle, « aimée par-dessus tout ».
Il quitte finalement l'ordre en 1950.
Mais voici ce qui rend l'histoire beaucoup plus intéressante qu'une simple rupture institutionnelle : Balthasar ne cesse pas pour autant d'être ignatien.
Peu après son départ, en février 1950, il renouvelle ses vœux devant le prieur de l'abbaye bénédictine de Maria Laach en se plaçant notamment sous la protection de saint Ignace de Loyola et de saint Jean l'Évangéliste.
Ignace reste au cœur de sa pensée.
Pour Balthasar et Adrienne von Speyr, Jean et Ignace représentent même deux dimensions complémentaires de la vocation chrétienne : la contemplation du disciple bien-aimé et la disponibilité missionnaire ignatienne.
Son départ eut pourtant un prix.
Durant les années 1950, Balthasar se retrouve relativement isolé dans le monde théologique. Il connaît même une période délicate durant laquelle sa situation canonique sacerdotale n'est pas encore stabilisée. Il sera finalement incardiné dans le diocèse de Coire en 1956.
La suite est presque ironique.
Celui qui avait quitté l'un des ordres intellectuels les plus prestigieux de l'Église deviendra progressivement l'un des théologiens catholiques majeurs du XXᵉ siècle.
Avec Joseph Ratzinger et d'autres théologiens, il participera à la fondation de Communio en 1972. Jean-Paul II décidera finalement de le créer cardinal en 1988, mais Balthasar mourra deux jours avant le consistoire.
Son départ des jésuites demeure donc un épisode difficile à classer.
Ce n'est pas l'histoire d'un rebelle découvrant sa liberté contre l'institution.
Ce n'est pas davantage celle d'un religieux rejetant son ancienne spiritualité.
C'est quelque chose de plus inconfortable : un homme convaincu que l'obéissance à la mission reçue de Dieu l'obligeait à quitter l'institution qui lui avait précisément appris l'obéissance.
Et c'est peut-être pour cela que, soixante-seize ans plus tard, l'épisode reste intéressant.
Note culturelle
Balthasar avait rencontré les jésuites bien avant d'entrer dans la Compagnie. Après des études à l'abbaye bénédictine d'Engelberg, il fréquenta le célèbre collège jésuite Stella Matutina de Feldkirch, en Autriche. Il entra finalement dans la Compagnie en 1929.
Sa trajectoire traverse ainsi une bonne partie du catholicisme germanophone : Lucerne, Engelberg, Feldkirch, Vienne, Zurich, Bâle, puis le diocèse de Coire.
Sources
Balthasar & Speyr — biographie allemande et départ de la Compagnie de Jésus
Balthasar & Speyr — Vie et mission de Balthasar et Adrienne von Speyr
Pour aller plus loin
📚 Hans Urs von Balthasar, le théologien qui voulut rendre sa beauté à la foi
📰 Revue de presse catholique germanique
✠ Benoît XVI, le dernier docteur sur le trône de Pierre
📖 Hans Urs von Balthasar, le théologien du Samedi saint
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Balthasar avait-il raison de quitter les jésuites pour suivre ce qu'il considérait comme sa mission, ou l'obéissance religieuse aurait-elle dû l'amener à renoncer à son projet ?
Son cas pose une question qui dépasse largement sa propre biographie : comment discerner entre fidélité à une institution et fidélité à une vocation ?
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