Pie X contre François-Joseph : le pape qui ferma la porte des conclaves aux empereurs
Le dernier veto impérial
Saint du jour
Saint Pie X
Giuseppe Sarto, né en Vénétie en 1835, fut élu pape en 1903 sous le nom de Pie X. Pasteur d'origine modeste, il voulut « tout restaurer dans le Christ », encouragea la communion fréquente, réforma la liturgie et entreprit la réorganisation du droit canonique. Mort le 20 août 1914, il est célébré dans le calendrier romain le 21 août. Pie XII le canonisa en 1954.
Zusammenfassung
Die Wahl Pius' X. im Jahr 1903 war mit einem der letzten spektakulären Eingriffe einer europäischen Monarchie in ein Konklave verbunden. Kaiser Franz Joseph I. von Österreich ließ durch Kardinal Jan Puzyna ein Veto gegen Kardinal Mariano Rampolla bekanntgeben. Nach seiner Wahl reagierte Pius X. entschieden: Mit der Konstitution Commissum Nobis von 1904 verbot er jede künftige Übermittlung eines staatlichen Vetos bei einer Papstwahl. Gleichzeitig unterhielt er enge Beziehungen zum deutschsprachigen Katholizismus und unterstützte ausdrücklich das Bonifatiuswerk.
Article
Lorsqu'il entre au conclave de 1903, le cardinal Giuseppe Sarto, patriarche de Venise, ne sait pas encore qu'un empereur va indirectement contribuer à faire de cette élection l'une des dernières grandes confrontations entre monarchie et papauté.
L'empereur en question est François-Joseph Ier d'Autriche.
Après la mort de Léon XIII, le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, ancien secrétaire d'État du pape défunt, apparaît comme l'un des principaux candidats. Mais Vienne ne veut pas de lui.
Le cardinal Jan Puzyna de Kosielsko, archevêque de Cracovie — alors située dans l'Empire austro-hongrois — fait connaître au conclave l'exclusive de François-Joseph contre Rampolla.
L'épisode est extraordinaire vu d'aujourd'hui : une puissance catholique prétend encore pouvoir faire savoir aux cardinaux qu'elle refuse l'élection d'un candidat.
Il faut cependant éviter une légende tenace. François-Joseph n'a pas simplement « fait élire Pie X ». Rampolla rencontrait déjà des oppositions et il est impossible de démontrer que Sarto n'aurait pas été élu sans l'intervention autrichienne.
Le futur Pie X lui-même ne semble d'ailleurs nullement avoir apprécié cette ingérence.
Élu le 4 août 1903, il règle la question quelques mois plus tard.
Le 20 janvier 1904, la constitution apostolique Commissum Nobis condamne toute intervention d'une puissance civile dans l'élection du souverain pontife. Les cardinaux se voient interdire, sous peine d'excommunication, de recevoir ou de transmettre un veto ou une exclusive provenant d'un gouvernement.
L'élection du pape doit appartenir à l'Église.
Le veto de François-Joseph devient ainsi le dernier épisode célèbre d'une pratique que Pie X rend désormais impossible.
Le paradoxe est remarquable : l'empereur dont l'intervention avait marqué le conclave qui porta Sarto au pontificat provoqua précisément la réforme qui empêcherait ses successeurs de recommencer.
Mais les relations de Pie X avec le monde germanique ne se résument pas à cet affrontement.
Le 1er mai 1904, le pape adresse par exemple une lettre au Bonifatiusverein de Paderborn, l'actuel Bonifatiuswerk. Il y loue l'œuvre accomplie depuis plus d'un demi-siècle auprès des catholiques vivant au milieu de populations non catholiques en Allemagne, en Autriche et en Suisse.
Le document est particulièrement intéressant pour comprendre le catholicisme germanique de l'époque.
Dans de vastes régions protestantes, les catholiques vivent en diaspora. Maintenir paroisses, écoles, prêtres et lieux de culte constitue alors un véritable défi missionnaire à l'intérieur même de pays européens anciennement chrétiens.
Pie X soutient explicitement cet effort.
Sa relation avec l'espace germanique présente donc deux visages presque opposés : face à l'empereur catholique, il défend l'indépendance de l'Église ; face aux petites communautés catholiques dispersées, il encourage leur enracinement.
En ce 21 août, mémoire de saint Pie X, l'épisode du conclave de 1903 rappelle surtout une transformation majeure de la papauté moderne.
Un empereur avait encore tenté de peser sur l'élection d'un pape.
Le pape élu décida que ce serait la dernière fois.
Note culturelle
L'« exclusive » n'était pas un droit canonique officiellement reconnu par le Saint-Siège. Certaines grandes monarchies catholiques — notamment l'Autriche, la France et l'Espagne — avaient néanmoins revendiqué historiquement la possibilité de s'opposer à un candidat.
Le cas Rampolla fut le dernier exercice célèbre de cette prétention. Commissum Nobis transforma le refus pontifical de ces interventions en interdiction explicite assortie de sanctions.
Sources
Saint-Siège — Pie X, Commissum Nobis, 20 janvier 1904.
Saint-Siège — Pie X, Non ignota, lettre au Bonifatiusverein de Paderborn, 1er mai 1904.
École française de Rome — études sur la Curie romaine et le veto de 1903.
Éphéméride du 21 août, utilisée comme point de départ.
Pour aller plus loin
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Ce dossier permet de replacer la relation entre Rome et le catholicisme allemand dans une histoire plus longue, jusqu’aux débats contemporains sur l’autorité, la réforme et la communion avec l’Église universelle.
François-Joseph pouvait-il encore imaginer, en 1903, qu'un souverain catholique devait avoir son mot à dire dans l'élection du pape ?
L'interdiction imposée par Pie X marque l'une des étapes décisives de l'émancipation moderne du conclave à l'égard des États.
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