Allemagne : Anselm Grün conteste avoir favorisé le retour au ministère d’un prêtre abuseur
Un rapport de la commission indépendante de Paderborn met en cause le célèbre bénédictin, qui rejette catégoriquement l’accusation
Sainte du jour : bienheureuse Marie des Apôtres
Le 5 septembre, l’Église fait mémoire de la bienheureuse Marie des Apôtres, née Thérèse Wüllenweber en 1833 près de Mönchengladbach.
Issue d’une famille profondément catholique, elle chercha longtemps la forme précise de sa vocation avant de rencontrer le père François-Marie de la Croix Jordan. Avec lui, elle participa à la fondation de la branche féminine des Salvatoriens, devenue la congrégation des Sœurs du Divin Sauveur.
Sa vie rappelle combien la confiance accordée à ceux qui accompagnent spirituellement les autres constitue une responsabilité grave. Une question qui prend aujourd’hui une résonance particulière dans l’Église allemande.
Zusammenfassung
Der Benediktinerpater und Bestsellerautor Anselm Grün weist den Vorwurf zurück, Anfang der 1990er Jahre einem Priester, der den sexuellen Missbrauch eines 16-Jährigen gestanden hatte, den Wiedereinsatz in der Seelsorge ermöglicht zu haben. Der Vorwurf stammt aus dem vierten Jahresbericht der Unabhängigen Kommission zur Aufarbeitung sexuellen Missbrauchs im Erzbistum Paderborn. Grün erklärt, er könne sich an den Fall nicht erinnern und habe für Personen, die im Recollectio-Haus begleitet wurden, grundsätzlich keine Empfehlungen ausgesprochen. Der Fall zeigt erneut, wie schwierig die Aufarbeitung alter Personalentscheidungen in der Kirche ist.
Une accusation grave, mais contestée
Le nom d’Anselm Grün est connu très au-delà du catholicisme allemand.
À 81 ans, le bénédictin de Münsterschwarzach est l’un des auteurs spirituels chrétiens les plus lus au monde.
Ses quelque 300 ouvrages ont été traduits dans de nombreuses langues et diffusés à des millions d’exemplaires.
Mais le 4 septembre, son nom est apparu dans un contexte beaucoup plus sombre.
La Commission indépendante pour le traitement des abus sexuels dans l’archidiocèse de Paderborn affirme dans son quatrième rapport annuel que Grün aurait joué un rôle dans le retour à la pastorale d’un prêtre ayant reconnu des abus sexuels sur un adolescent.
Grün rejette cette accusation.
Un prêtre avait reconnu les faits
Selon le rapport cité par katholisch.de, le prêtre concerné était alors vicaire dans l’archidiocèse de Paderborn.
Il avait abusé sexuellement d’un jeune de 16 ans.
Lors de la procédure pénale qui suivit, il reconnut les faits.
Le dossier n’est donc pas celui d’une simple rumeur ou d’une accusation jamais établie.
La question posée aujourd’hui concerne ce qui s’est passé après.
Le passage par le Recollectio-Haus
Après les faits, le prêtre séjourna au Recollectio-Haus de l’abbaye bénédictine de Münsterschwarzach.
Cette institution accompagne psychologiquement et spirituellement des prêtres, religieux et collaborateurs ecclésiaux confrontés à des crises personnelles ou professionnelles.
Anselm Grün en est depuis longtemps le directeur spirituel.
Selon la commission de Paderborn, Grün aurait alors accepté la possibilité d’accueillir le prêtre au monastère et aurait proposé qu’il continue auparavant à exercer une activité pastorale dans une paroisse du diocèse de Würzburg.
Le diocèse de Würzburg accepta le placement
Toujours selon le rapport, le diocèse de Würzburg donna son accord en septembre 1992.
Le prêtre exerça ensuite dans ce diocèse jusqu’en 2009, avant d’être employé dans le diocèse d’Erfurt.
La commission considère donc que le processus ayant permis ce retour au ministère mérite aujourd’hui d’être examiné.
Et c’est précisément là qu’apparaît le nom d’Anselm Grün.
Grün dit ne pas se souvenir du cas
Le bénédictin répond de manière très nette.
Interrogé par l’agence catholique KNA, il déclare :
il ne se souvient pas de cette affaire et exclut avoir agi de la manière décrite.
Il ajoute qu’il n’a jamais délivré de certificats ou de recommandations aux personnes accompagnées au Recollectio-Haus.
Sa défense repose donc sur deux éléments.
Il ne reconnaît pas le souvenir précis du dossier.
Et il conteste que ce type de recommandation ait appartenu à sa pratique habituelle.
Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas
La prudence est essentielle.
À ce stade, deux éléments doivent être distingués.
D’un côté, une commission indépendante affirme avoir retrouvé dans les archives des éléments mettant en cause Grün dans le processus de réaffectation du prêtre.
De l’autre, Grün rejette cette interprétation et affirme ne pas avoir donné de recommandation de retour au ministère.
On ne peut donc pas présenter comme définitivement établie une responsabilité personnelle de Grün.
Le dossier devra être éclairci.
Une affaire typique des années 1980 et 1990
Le cas s’inscrit dans un problème beaucoup plus large.
Pendant des décennies, plusieurs diocèses européens et américains ont traité les abus sexuels de prêtres selon une logique aujourd’hui profondément remise en cause.
L’auteur était parfois envoyé en thérapie.
Il était déplacé.
Puis réaffecté dans une autre paroisse.
Les responsables espéraient qu’un accompagnement psychologique ou spirituel suffirait à prévenir de nouvelles violences.
La protection des victimes potentielles n’occupait pas toujours la première place.
La thérapie pouvait-elle justifier un retour au ministère ?
C’est l’une des grandes questions historiques soulevées par les commissions d’enquête.
Un prêtre ayant commis un abus pouvait recevoir un traitement.
Mais le fait d’avoir suivi une thérapie ne signifiait pas automatiquement qu’il pouvait être remis en contact pastoral avec des mineurs ou des personnes vulnérables.
Aujourd’hui, cette distinction semble évidente.
Elle l’était beaucoup moins dans certaines pratiques institutionnelles de l’époque.
Les maisons d’accompagnement étaient-elles trop confiantes ?
Le dossier pose aussi une question particulière aux institutions comme le Recollectio-Haus.
Leur mission consiste à aider des prêtres en crise.
Cela suppose une relation de confiance.
Mais cette confiance peut devenir dangereuse si elle est interprétée comme une garantie d’aptitude au ministère.
Un accompagnateur spirituel peut aider une personne à affronter sa faute.
Il ne devient pas pour autant automatiquement compétent pour décider de sa réintégration professionnelle.
Accompagnement spirituel et décision canonique ne sont pas la même chose
Cette distinction est fondamentale.
Un directeur spirituel peut écouter.
Conseiller.
Aider à discerner.
Encourager une démarche de conversion.
Mais une décision de retour au ministère relève de l’autorité ecclésiastique compétente.
Elle doit intégrer la protection des victimes, le risque de récidive, la situation psychologique et les obligations canoniques.
Confondre accompagnement pastoral et autorisation institutionnelle peut produire de graves erreurs.
Pourquoi ce dossier touche particulièrement Anselm Grün
Le nom de Grün donne à l’affaire une dimension nationale.
Il n’est pas un prêtre inconnu.
Depuis plusieurs décennies, il incarne une forme de spiritualité accessible, apaisée et psychologique.
Ses livres parlent de blessures intérieures, de réconciliation, de confiance et de guérison.
Il a contribué à rapprocher psychologie moderne et spiritualité monastique.
Une éventuelle erreur de jugement dans un dossier d’abus prend donc une résonance particulière.
Mais une réputation ne constitue pas une preuve
Il faut cependant éviter l’erreur inverse.
La célébrité d’un homme ne rend pas l’accusation plus vraie.
Elle rend simplement l’affaire plus visible.
Le traitement médiatique doit donc respecter exactement les mêmes règles que pour n’importe quelle autre personne.
Documents.
Chronologie.
Responsabilités précises.
Possibilité de répondre.
Distinction entre accusation et fait établi.
L’Église allemande continue d’ouvrir ses archives
Le rapport de Paderborn montre surtout que le travail de vérité n’est pas terminé.
Les commissions ne recherchent plus seulement les auteurs directs d’abus.
Elles analysent désormais les systèmes de décision.
Qui savait ?
Qui a recommandé ?
Qui a autorisé ?
Qui a transféré ?
Qui aurait dû empêcher ?
C’est une évolution majeure.
La responsabilité institutionnelle dépasse le seul abuseur
Pendant longtemps, l’histoire pouvait être racontée comme celle d’un « mauvais prêtre ».
Aujourd’hui, les enquêtes cherchent aussi à comprendre comment un auteur connu ou soupçonné a pu continuer à exercer.
La responsabilité institutionnelle peut concerner plusieurs personnes.
Évêques.
Vicaires généraux.
Psychologues.
Supérieurs religieux.
Conseillers.
Responsables de personnel.
Et parfois des accompagnateurs spirituels.
Il ne faut pas non plus juger 1992 comme si nous étions déjà en 2026
Une difficulté historique demeure.
Les standards de prévention ont profondément changé.
Cela ne signifie pas que les erreurs du passé étaient acceptables.
Mais il faut distinguer trois choses.
Ce qui était déjà manifestement irresponsable à l’époque.
Ce qui était alors considéré comme une pratique admise mais s’est révélé dangereux.
Et ce qui est aujourd’hui interprété différemment grâce à une meilleure connaissance des abus.
Cette distinction permet d’éviter aussi bien l’excuse systématique que le jugement anachronique.
Le rapport peut aussi renforcer la crédibilité de l’Église
À première vue, chaque nouvelle affaire semble affaiblir davantage l’Église.
Mais le silence serait pire.
Une institution qui examine ses propres archives accepte le risque de mettre en cause des personnalités respectées.
C’est précisément la condition pour que le travail de vérité soit crédible.
Il ne peut exister de personnes protégées parce qu’elles sont célèbres.
Et Grün a droit à une défense complète
Inversement, la justice exige que sa réponse soit prise au sérieux.
Dire qu’une commission indépendante formule une accusation ne signifie pas qu’elle détient nécessairement toute la vérité.
Les archives peuvent être fragmentaires.
Des témoignages peuvent se contredire.
Des responsabilités peuvent être mal interprétées.
La transparence doit donc fonctionner dans les deux sens.
Une affaire à suivre
Pour l’instant, le dossier reste ouvert sur une contradiction nette.
La commission de Paderborn affirme qu’Anselm Grün aurait favorisé une réaffectation pastorale.
Grün affirme ne pas avoir agi ainsi.
L’étape suivante devra être documentaire.
Quels écrits subsistent ?
Qui participait aux conversations ?
Quelle était exactement la compétence de Grün ?
Qui prit finalement la décision ?
Sans ces réponses, toute condamnation définitive serait prématurée.
La confiance ne dispense jamais de la prudence
La leçon dépasse largement ce cas particulier.
Le christianisme valorise le pardon.
Il croit à la conversion.
Il croit qu’une personne peut changer.
Mais le pardon ne supprime pas la nécessité de protéger les autres.
C’est probablement l’une des grandes erreurs institutionnelles du passé : avoir parfois cru que miséricorde et prudence étaient opposées.
Elles ne le sont pas.
Note culturelle : Münsterschwarzach, une grande abbaye bénédictine allemande
L’abbaye de Münsterschwarzach, en Franconie, appartient à la congrégation bénédictine missionnaire de Sainte-Odile.
Détruite après la sécularisation du début du XIXe siècle, elle fut restaurée au XXe siècle et possède aujourd’hui une importante activité spirituelle, éditoriale et missionnaire.
Anselm Grün a largement contribué à sa notoriété internationale.
L’abbaye a d’ailleurs mis en garde en 2026 contre de fausses vidéos utilisant son image et une voix générée par intelligence artificielle.
Vidéo
Aucune vidéo sérieuse et directement consacrée au dossier publié le 4 septembre n’est encore disponible.
L’abbaye de Münsterschwarzach recommande d’ailleurs une prudence particulière concernant certaines vidéos prétendant reproduire les paroles d’Anselm Grün, après la diffusion de contenus générés par IA sans son autorisation.
Sources
katholisch.de : Anselm Grün weist Fehlverhalten in einem Missbrauchsfall zurück
Archidiocèse de Paderborn : reprise de la dépêche KNA sur l’affaire
Abbaye de Münsterschwarzach : mise en garde contre les fausses vidéos attribuées à Anselm Grün
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Les commissions d’enquête doivent-elles continuer à publier les noms de personnalités ayant participé à d’anciennes décisions de réaffectation, même lorsque leur responsabilité personnelle demeure contestée ?
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