Allemagne : après 450 ans, une catholique entre au chapitre d’un monastère protestant
À Amelungsborn, l’arrivée de la théologienne Dagmar Stoltmann-Lukas donne un visage très concret à l’œcuménisme allemand
Saint du jour : saint Magnus de Füssen
Le 6 septembre, le monde germanique célèbre particulièrement saint Magnus de Füssen, appelé Sankt Mang dans l’Allgäu. Missionnaire du VIIIe siècle dont la biographie historique demeure difficile à reconstituer, il est traditionnellement considéré comme « l’apôtre de l’Allgäu ». Autour de Füssen, son culte a traversé plus d’un millénaire ; la légende lui attribue même la victoire sur un dragon et la protection des récoltes contre les animaux nuisibles. Ce 6 septembre 2026, Füssen célèbre encore son patron par une messe solennelle à Saint-Mang, suivie d’une procession aux lumières.
Zusammenfassung
Mehr als 450 Jahre nach der Reformation hat das evangelische Kloster Amelungsborn erstmals eine katholische Konventualin aufgenommen. Die Theologin Dagmar Stoltmann-Lukas, langjährige Ökumenereferentin des Bistums Hildesheim, wurde von Abt Stephan Schaede eingeführt. Das ehemalige Zisterzienserkloster wurde 1568 evangelisch, bewahrte jedoch Beziehungen zur zisterziensischen Tradition. Die Ernennung zeigt eine bemerkenswerte Form gelebter Ökumene: Die konfessionellen Unterschiede verschwinden nicht, aber ein gemeinsames monastisches Erbe wird wieder sichtbar.
Une première depuis la Réforme
L’événement pourrait sembler minuscule.
Il raconte pourtant près de neuf siècles d’histoire religieuse allemande.
Le monastère d’Amelungsborn, dans le Weserbergland en Basse-Saxe, vient d'accueillir pour la première fois une catholique parmi ses Konventualen.
La théologienne Dagmar Stoltmann-Lukas a été officiellement introduite dans sa fonction par l’abbé protestant Stephan Schaede. Celui-ci estime que son arrivée donne au monastère un nouvel « éclat œcuménique ».
Le symbole est d’autant plus fort qu’Amelungsborn est protestant depuis plus de 450 ans.
Une théologienne catholique spécialiste de l’œcuménisme
Le choix de Dagmar Stoltmann-Lukas n’a rien d’accidentel.
Originaire de Gesmold, près d’Osnabrück, elle a étudié la germanistique et la théologie à Münster, Jérusalem et Vienne.
Elle a travaillé au diocèse de Hildesheim comme référente théologique, puis comme responsable de l’œcuménisme à partir de 2007.
En 2018, Mgr Heiner Wilmer l’avait choisie comme collaboratrice personnelle, une première dans les plus de douze siècles d’histoire du diocèse de Hildesheim.
Elle est aujourd’hui collaboratrice personnelle de l’administrateur diocésain Martin Marahrens.
Sa nomination à Amelungsborn prolonge donc un engagement ancien.
Sa formule résume bien sa conception de l’œcuménisme :
« Nous ne cheminons jamais seuls. »
Mais qu’est-ce qu’une « Konventualin » ?
Il ne faut surtout pas imaginer que Dagmar Stoltmann-Lukas devient religieuse protestante.
Elle reste catholique.
Elle est mariée.
Et son activité au monastère est bénévole, comme celle des autres membres du chapitre.
Le monastère possède aujourd’hui un chapitre honorifique qui se réunit périodiquement et participe à sa vie spirituelle et culturelle.
Des femmes y sont admises depuis 2021.
La nouveauté de 2026 est donc ailleurs : pour la première fois, une catholique rejoint cette communauté protestante héritière d’un ancien monastère catholique.
Car Amelungsborn était autrefois cistercien
C’est ce qui rend l’histoire particulièrement intéressante.
Amelungsborn fut fondé en 1135 à partir de l’abbaye d’Altenkamp.
Il appartenait donc à cette extraordinaire expansion cistercienne qui couvrit l’Europe médiévale de monastères.
Sa première église était romane.
Elle fut agrandie en style gothique au XIVe siècle.
Pendant plus de quatre siècles, les moines y vécurent dans la tradition catholique.
Puis vint la Réforme.
1568 : le monastère devient protestant
En 1568, Amelungsborn adopta la confession luthérienne.
Mais contrairement à beaucoup d’anciens établissements monastiques, il ne disparut pas purement et simplement.
Une continuité institutionnelle subsista.
Plus étonnant encore, des relations avec l’héritage cistercien catholique furent conservées.
Aujourd’hui, Amelungsborn appartient à la communauté des héritiers protestants de la tradition cistercienne en Allemagne.
Autrement dit, un monastère fondé dans le catholicisme médiéval, devenu luthérien à la Réforme, assume désormais explicitement une partie de son héritage préconfessionnel.
La boucle historique est remarquable
On comprend alors mieux la portée de la nomination.
En 1135 : monastère catholique.
En 1568 : passage au protestantisme.
En 2026 : une catholique entre dans son chapitre.
Ce n’est évidemment pas un retour d’Amelungsborn à Rome.
Mais l’histoire confessionnelle allemande devient ici beaucoup moins linéaire qu’elle n’en a l’air.
Les héritiers de la Réforme redécouvrent une tradition monastique qui existait avant leur séparation d’avec Rome.
Et une catholique peut désormais participer à la vie d’une institution devenue protestante il y a quatre siècles et demi.
Un œcuménisme qui ne gomme pas les différences
C’est probablement le point le plus intéressant.
L’œcuménisme peut parfois donner l’impression de chercher le plus petit dénominateur commun.
Ici, le mécanisme est différent.
Amelungsborn reste protestant.
Dagmar Stoltmann-Lukas reste catholique.
Les désaccords sur l’Eucharistie, le ministère ordonné, l’autorité dans l’Église ou la succession apostolique ne disparaissent pas.
Mais les deux traditions reconnaissent qu’elles partagent une histoire chrétienne plus ancienne que leur séparation.
Le monachisme précède Luther
C’est particulièrement évident dans un ancien monastère.
Saint Benoît vivait mille ans avant la Réforme.
Saint Bernard de Clairvaux quatre siècles avant Luther.
La prière des heures, les psaumes, le silence, la méditation de l’Écriture et la recherche d’une vie communautaire chrétienne appartiennent donc à un patrimoine antérieur aux fractures confessionnelles.
L’œcuménisme monastique peut ainsi prendre une forme particulière : non pas inventer une nouvelle tradition commune, mais retrouver une partie d’un héritage déjà partagé.
L’Allemagne est un laboratoire particulier
Peu de pays européens portent aussi visiblement la fracture de la Réforme.
Catholiques et protestants y ont longtemps constitué deux mondes parallèles.
Paroisses.
Écoles.
Associations.
Partis.
Mariages.
Régions.
Cultures familiales.
La division confessionnelle structurait presque toute la société.
Aujourd’hui, la sécularisation modifie radicalement cette situation.
Catholiques et protestants découvrent parfois qu’ils sont désormais ensemble minoritaires dans une société beaucoup moins chrétienne.
L’œcuménisme change donc de nature
Pendant longtemps, il s’agissait surtout de réparer les fractures du XVIe siècle.
Au XXIe siècle s’ajoute une autre question :
comment transmettre ensemble le christianisme dans une société où de plus en plus de personnes ne connaissent réellement ni le catholicisme ni le protestantisme ?
Amelungsborn fournit une réponse modeste.
Faire vivre ensemble un patrimoine chrétien sans prétendre que les divisions doctrinales ont disparu.
Une petite nomination qui raconte une grande mutation
Dagmar Stoltmann-Lukas n’est pas devenue abbesse.
Amelungsborn n’est pas devenu catholique.
Aucun accord doctrinal historique n’a été signé.
Et pourtant, l’événement mérite l’attention.
Parce qu’en Allemagne, un lieu devenu protestant au temps des guerres de religion peut aujourd’hui confier une partie de sa vie institutionnelle à une théologienne catholique.
Il y a quatre siècles, la chose aurait été presque inimaginable.
Aujourd’hui, elle paraît naturelle.
C’est peut-être précisément cela qui mesure le chemin parcouru.
Note culturelle : Amelungsborn, un morceau vivant du Moyen Âge cistercien
L’ensemble monastique conserve son église, une bibliothèque, des bâtiments destinés aux rencontres ainsi qu’un jardin monastique historique inspiré de la tradition médiévale. Le lieu n’est donc pas simplement un monument : il conserve une vocation spirituelle et culturelle.
L’histoire d’Amelungsborn illustre une particularité allemande : certains établissements monastiques supprimés ou devenus protestants après la Réforme ont continué à faire vivre, sous une forme transformée, une mémoire du monachisme médiéval.
Sources
Communiqué officiel du monastère d’Amelungsborn
katholisch.de — première catholique dans le chapitre d’Amelungsborn
evangelisch.de — « Erste katholische Konventualin »
Pour aller plus loin
Je conserve ici uniquement les anciens articles du blog dont nous possédons un permalien individuel vérifié :
Actualité de l’Église catholique en Allemagne en 2025
Pour les articles plus récents sur l’œcuménisme allemand, leurs titres sont connus mais leurs permaliens individuels ne sont pas encore vérifiés ; je préfère ne pas reconstruire artificiellement leurs URL.
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