Autriche : pour Mgr Alois Schwarz, protéger la Création appartient au cœur de la foi
L’écologie chrétienne ne peut pas s’arrêter aux discours
Saint du jour : saint Loup de Sens
Le 1er septembre, l’Église latine fait mémoire de plusieurs saints, parmi lesquels saint Loup de Sens, évêque du VIIe siècle. Si sa figure appartient à la Gaule franque plutôt qu’au monde germanique proprement dit, sa mémoire rappelle cette chrétienté occidentale ancienne dans laquelle les frontières culturelles étaient beaucoup moins rigides que celles des États modernes.
En Autriche, cette journée possède aujourd’hui une autre dimension spirituelle : le 1er septembre est la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, qui ouvre le Temps de la Création célébré jusqu’au 4 octobre, fête de saint François d’Assise.
Zusammenfassung
Zum Weltgebetstag für die Bewahrung der Schöpfung am 1. September erinnert der St. Pöltner Bischof Alois Schwarz daran, dass Umwelt- und Klimaschutz zum Kern des christlichen Glaubens gehören. Die Schöpfung sei kein Besitz des Menschen, sondern ein anvertrautes Gut. Schwarz fordert sowohl persönliche Veränderungen im Alltag als auch strukturelle Maßnahmen von Kirche, Politik und Gesellschaft. Besonders wichtig ist für ihn die Glaubwürdigkeit der Kirche: Sie kann ökologische Verantwortung nicht nur von anderen verlangen, sondern muss sie selbst sichtbar leben.
« La Création ne nous appartient pas »
À l’occasion de la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création, célébrée ce 1er septembre, l’évêque autrichien Alois Schwarz a voulu replacer l’écologie dans une perspective explicitement chrétienne.
L’évêque de Sankt Pölten connaît particulièrement bien le sujet. Au sein de la Conférence épiscopale autrichienne, il exerce des responsabilités liées à l’économie, à l’agriculture et aux questions environnementales.
Dans un entretien publié quelques jours avant le 1er septembre, il rappelle une idée fondamentale : le monde n’est pas simplement la propriété de l’homme.
Il lui est confié.
Cette différence est essentielle.
Dans la conception chrétienne, la nature n’est ni une divinité qu’il faudrait adorer, ni un stock de matières premières que l’homme pourrait épuiser sans limite. Elle appartient à une Création dont l’homme est lui-même une partie et dont il reçoit la responsabilité.
Face aux sécheresses, aux vagues de chaleur, aux intempéries et à la disparition de certains milieux naturels, Mgr Schwarz estime que cette responsabilité devient de plus en plus concrète.
Une question particulièrement sensible en Autriche
Le discours possède une résonance particulière dans un pays comme l’Autriche.
La montagne, les forêts, les pâturages, les lacs et l’agriculture ne constituent pas seulement des éléments du paysage autrichien. Ils appartiennent profondément à son identité.
L’Église autrichienne est elle-même historiquement liée au monde rural.
Monastères, abbayes, paroisses et pèlerinages ont structuré pendant des siècles des territoires dans lesquels agriculture et vie religieuse étaient étroitement associées.
La question écologique ne peut donc pas être réduite à un débat urbain sur les émissions de carbone.
Elle touche aussi à la survie des exploitations agricoles, à l’eau, aux forêts, à la fertilité des terres et à la possibilité de transmettre un domaine à la génération suivante.
Cet été encore, Mgr Schwarz avait lancé un appel à la prière pour les agriculteurs autrichiens frappés par la sécheresse persistante. Son diocèse soulignait alors les difficultés rencontrées par ceux qui travaillent dans l’agriculture et la sylviculture.
Une écologie qui commence dans la vie quotidienne
Que signifie alors « sauvegarder la Création » pour un catholique en 2026 ?
Mgr Schwarz donne une réponse très concrète.
Cela concerne la nourriture que nous achetons, l’énergie que nous consommons, nos déplacements, notre consommation et plus généralement notre manière d’utiliser les ressources.
Le christianisme ne peut donc pas se contenter d’une déclaration de principe.
Le croyant qui remercie Dieu pour la Création est aussi appelé à réfléchir à la manière dont il la traite.
Cette approche rejoint directement l’intuition développée par le pape François dans Laudato si’ : la crise écologique n’est pas extérieure à la question morale.
Notre manière de produire, de consommer et de jeter dit quelque chose de notre conception de l’homme et du monde.
Mais tout ne repose pas sur l’individu
L’évêque autrichien apporte cependant une précision importante.
Il refuse de faire porter toute la responsabilité écologique sur les comportements individuels.
Changer ses habitudes de consommation peut être utile. Économiser l’énergie aussi. Réduire le gaspillage également.
Mais ces gestes ne remplacent pas les décisions structurelles.
Les entreprises, les responsables politiques, les collectivités et les institutions doivent également agir.
Cette distinction permet d’éviter une écologie purement moralisatrice dans laquelle le citoyen serait constamment culpabilisé tandis que les structures économiques resteraient inchangées.
Pour Mgr Schwarz, responsabilité personnelle et responsabilité collective doivent avancer ensemble.
L’Église doit commencer par elle-même
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de son intervention.
L’Église ne peut pas demander continuellement aux autres de changer si elle ne s’interroge pas elle-même sur son fonctionnement.
Paroisses, diocèses, monastères et institutions catholiques possèdent des bâtiments, des terrains, des forêts, des véhicules et parfois des exploitations agricoles.
Ils consomment de l’énergie.
Ils achètent des produits.
Ils construisent et rénovent.
Ils peuvent donc eux aussi mesurer leur impact.
En Autriche, certaines paroisses ont ainsi engagé des démarches environnementales certifiées selon le système européen EMAS, avec mesure des consommations, objectifs environnementaux et contrôle extérieur.
Mgr Schwarz considère précisément cette vérification comme un élément de crédibilité : les engagements deviennent mesurables au lieu de rester de simples déclarations.
De saint François à Laudato si’
L’écologie catholique contemporaine est parfois présentée comme une nouveauté apparue sous François.
L’histoire est plus ancienne.
Le christianisme a développé très tôt une spiritualité de la Création. Les traditions monastiques ont particulièrement insisté sur le rapport entre travail, terre, sobriété et contemplation.
Saint François d’Assise en est devenu la figure la plus célèbre.
Son Cantique des créatures appelle le soleil « frère » et l’eau « sœur », non parce que François diviniserait la nature, mais parce que toute créature reçoit son existence du même Créateur.
Jean-Paul II puis Benoît XVI ont également développé une réflexion écologique avant que François ne lui donne une ampleur nouvelle avec l’encyclique Laudato si’ en 2015.
L’écologie chrétienne possède donc une particularité : elle part de la Création avant de partir de l’environnement.
Une différence qui n’est pas seulement sémantique
Parler de « Création » plutôt que seulement de « nature » change en effet le regard.
Si le monde est créé, il possède une valeur qui ne dépend pas uniquement de son utilité économique.
Mais l’homme conserve également une place particulière.
Le christianisme refuse ainsi deux extrêmes : l’exploitation illimitée de la nature et l’effacement de l’homme devant elle.
L’être humain reçoit une responsabilité.
Il n’est ni propriétaire absolu ni intrus.
Il est gardien.
C’est précisément cette notion de responsabilité que Mgr Schwarz veut remettre au centre de la journée du 1er septembre.
Une écologie catholique peut-elle éviter la politique partisane ?
La question est importante.
Les débats climatiques sont devenus extrêmement politisés en Europe. Certains catholiques identifient immédiatement l’écologie aux partis verts ou à une gauche culturelle dont ils ne partagent pas les orientations.
À l’inverse, certains mouvements écologistes développent une conception du monde difficilement compatible avec l’anthropologie chrétienne.
L’Église risque alors deux erreurs.
La première serait d’abandonner la question écologique parce qu’elle serait devenue « de gauche ».
La seconde serait d’adopter sans discernement l’ensemble du programme idéologique d’un courant politique au nom de la sauvegarde de la planète.
L’approche proposée par Alois Schwarz permet une troisième voie.
La responsabilité écologique découle de la foi elle-même.
Elle n’a donc pas besoin de recevoir sa légitimité d’un parti.
La sobriété plutôt que la culpabilité
Cette perspective peut également donner une tonalité spécifiquement chrétienne à l’écologie.
Le christianisme connaît depuis toujours le jeûne, la modération, l’aumône et la limitation volontaire des désirs.
Autrement dit, il possède déjà un vocabulaire spirituel permettant de penser une vie moins dépendante de la consommation.
La sobriété chrétienne ne consiste cependant pas à détester les biens matériels.
Le repas, le vin, la terre, les animaux et le travail peuvent être reçus comme des biens.
La question devient celle de leur juste usage.
C’est peut-être là que l’Église peut apporter quelque chose d’original au débat écologique contemporain : non une religion de la peur de l’avenir, mais une spiritualité de la gratitude et de la limite.
Le 1er septembre, une date venue de l’Orient chrétien
La Journée de prière pour la Création possède enfin une histoire œcuménique particulièrement intéressante.
Le 1er septembre marque le commencement de l’année liturgique dans les Églises orthodoxes de tradition byzantine.
Depuis plusieurs décennies, le Patriarcat œcuménique de Constantinople a associé cette date à la prière pour l’environnement.
L’initiative a ensuite gagné d’autres communautés chrétiennes.
En 2015, le pape François institua officiellement dans l’Église catholique la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la Création au 1er septembre.
En Autriche, où vivent jusqu’à environ 500 000 chrétiens orthodoxes, cette date constitue donc aussi un terrain concret de rapprochement entre chrétiens d’Orient et d’Occident.
Croire au Créateur oblige à regarder la Création
Le message de Mgr Alois Schwarz peut finalement se résumer par une idée simple.
La sauvegarde de la Création n’est pas une annexe facultative du christianisme.
Si le chrétien affirme chaque dimanche dans le Credo qu’il croit en Dieu, « Créateur du ciel et de la terre », cette affirmation possède des conséquences.
La terre n’est pas à nous.
Nous la recevons.
Nous en vivons.
Et nous devons la transmettre.
L’écologie chrétienne commence peut-être précisément là : non dans la peur de la catastrophe, mais dans la reconnaissance qu’un don implique toujours une responsabilité.
Note culturelle : quand les monastères façonnent le paysage autrichien
L’Autriche offre un exemple particulièrement visible du lien historique entre catholicisme et territoire.
Melk, Heiligenkreuz, Göttweig, Admont ou Klosterneuburg ne sont pas seulement des monuments religieux. Pendant des siècles, ces monastères ont administré forêts, vignes, champs et exploitations agricoles.
Une partie du paysage culturel autrichien est donc littéralement le produit d’une longue interaction entre communautés religieuses et environnement.
Cette histoire donne une profondeur particulière au débat actuel : préserver la Création ne signifie pas nécessairement conserver une nature sans hommes, mais apprendre à habiter et cultiver un territoire sans le détruire.
Vidéo
Mgr Alois Schwarz, site officiel : vidéos, prédications et interventions
Sources
Kirche bunt : « Die Bewahrung der Schöpfung gehört zum Kern unseres Glaubens »
Conférence épiscopale autrichienne : Mgr Alois Schwarz
Église de Vienne : responsabilité chrétienne envers la Création et démarche EMAS
Kathpress : le 1er septembre, année liturgique orthodoxe et Journée de la Création
Pour aller plus loin
La Chrétienté germanique : index des articles
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La sauvegarde de la Création doit-elle prendre une place plus importante dans la prédication et la vie quotidienne des catholiques ? L’Église peut-elle développer une écologie proprement chrétienne sans se laisser enfermer dans les clivages politiques ?
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