Saxe-Anhalt : 47 % des sans-religion ont voté AfD, contre 32 % des catholiques
Les chiffres confirment un écart religieux, mais ils ne permettent pas de conclure que la foi protège mécaniquement du vote radical
Fête du jour : la Nativité de la Vierge Marie
Le 8 septembre, neuf mois exactement après l’Immaculée Conception, l’Église célèbre la naissance de la Vierge Marie.
La fête est ancienne. Elle apparaît d’abord en Orient avant de se diffuser en Occident au haut Moyen Âge. Dans le monde germanique, elle porte le nom de Mariä Geburt.
La liturgie allemande chante aujourd’hui : « Aus königlichem Geschlecht ging Maria hervor », « Marie est issue d’une lignée royale ».
Une naissance apparemment insignifiante devient ainsi, pour le christianisme, l’un des événements préparant silencieusement l’Incarnation.
Zusammenfassung
Bei der Landtagswahl in Sachsen-Anhalt wählten 47 Prozent der Konfessionslosen die AfD. Unter Protestanten waren es 33 Prozent, unter Katholiken 32 Prozent. Besonders auffällig ist der Unterschied bei jungen Christen: Nur 23 Prozent der Katholiken unter 35 Jahren stimmten für die AfD, aber 39 Prozent der jungen Protestanten. Diese Zahlen beweisen nicht, dass Religion automatisch vor radikalen politischen Entscheidungen schützt. Sie zeigen jedoch, dass Konfessionszugehörigkeit, Milieu und politische Kultur weiterhin miteinander verbunden sind.
Après le résultat électoral, les chiffres religieux
Hier, nous posions une première question : après le triomphe de l’AfD en Saxe-Anhalt, qui écoute encore l’Église ?
Une nouvelle analyse permet aujourd’hui d’aller plus loin.
La Forschungsgruppe Wahlen de Mannheim a étudié le vote en fonction de l’appartenance religieuse.
Le résultat est spectaculaire.
Parmi les électeurs sans appartenance religieuse, 47 % ont voté AfD.
Chez les protestants : 33 %.
Chez les catholiques : 32 %.
L’AfD a obtenu au total 43,8 % des suffrages.
Elle est donc sensiblement surreprésentée parmi les sans-religion et sous-représentée parmi les chrétiens déclarés.
Peut-on en conclure que les chrétiens résistent mieux à l’AfD ?
Pas si vite.
Les chiffres montrent une corrélation.
Ils ne démontrent pas une causalité.
Dire que les sans-religion ont davantage voté AfD ne signifie pas que l’absence de religion conduit à voter AfD.
Inversement, être catholique n’empêche manifestement pas de voter pour ce parti : près d’un catholique sur trois l’a fait.
La réalité est donc beaucoup plus intéressante qu’un simple « chrétiens contre AfD ».
La géographie de l’Allemagne orientale compte énormément
Il faut commencer par la sociologie.
La Saxe-Anhalt appartient à l’ancienne Allemagne de l’Est.
La proportion de personnes sans appartenance religieuse y est considérable.
Cette déchristianisation résulte de plusieurs histoires superposées.
Une sécularisation ancienne.
La politique antireligieuse de la RDA.
L’effondrement de la transmission familiale.
Puis trois décennies durant lesquelles l’absence de religion est devenue elle-même une culture héritée.
Dans certaines familles, on ne « quitte » plus l’Église.
Les grands-parents eux-mêmes n’y appartenaient déjà plus.
Le sans-religion de Magdebourg n’est pas nécessairement l’athée de Munich
C’est essentiel.
Les catégories statistiques peuvent masquer des réalités sociales très différentes.
Une personne sans religion vivant en Bavière catholique peut appartenir à un milieu urbain diplômé et avoir quitté récemment l’Église.
Une personne sans religion de Saxe-Anhalt peut provenir d’une famille déchristianisée depuis trois générations, vivre dans une petite ville et conserver une mémoire particulière de la réunification.
Mettre les deux personnes dans la même catégorie « sans confession » ne suffit donc pas à expliquer leur comportement politique.
La CDU bénéficie au contraire du vote chrétien
L’étude fournit un deuxième chiffre particulièrement révélateur.
La CDU obtient 17,2 % dans l’ensemble de l’électorat.
Mais elle atteint 26 % chez les catholiques et également 26 % chez les protestants.
Une partie importante des voix que l’AfD gagne chez les sans-religion semble donc rester, chez les chrétiens, dans l’espace démocrate-chrétien.
L’ancien lien entre christianisme et CDU n’a pas entièrement disparu.
Mais il s’est considérablement affaibli.
Un catholique sur trois vote tout de même AfD
C’est l’autre face du résultat.
32 % des catholiques interrogés ont choisi l’AfD.
Le chiffre est trop élevé pour raconter l’histoire rassurante d’un catholicisme constituant un rempart politique homogène.
L’appartenance ecclésiale ne produit plus automatiquement un comportement électoral.
Un catholique peut entendre les déclarations de son évêque et voter autrement.
Il peut également se définir comme catholique culturel tout en pratiquant très peu.
La catégorie statistique « catholique » regroupe elle-même des réalités très différentes.
Chez les hommes chrétiens, l’AfD progresse fortement
Le sexe introduit encore une autre différence.
Parmi les hommes protestants, 38 % ont voté AfD.
Parmi les hommes catholiques : 37 %.
Chez les femmes, les proportions descendent respectivement à 29 % et 26 %.
Sur ce point, la différence entre hommes et femmes devient presque plus importante que celle séparant catholiques et protestants.
Voilà pourquoi une explication uniquement religieuse serait insuffisante.
Le cas des jeunes catholiques est beaucoup plus surprenant
La donnée la plus intéressante concerne peut-être les moins de 35 ans.
Chez les jeunes protestants, 39 % ont choisi l’AfD.
Chez les jeunes catholiques : seulement 23 %.
L’écart atteint seize points.
Il mériterait une étude spécifique.
Est-ce un effet du milieu familial ?
De la pratique religieuse ?
Du recrutement social des petites communautés catholiques de l’Est ?
De leur caractère minoritaire ?
Des mouvements de jeunesse ?
Les chiffres disponibles ne permettent pas encore de trancher.
Être minoritaire peut renforcer l’identité
Une hypothèse mérite néanmoins d’être formulée.
Dans une région où le catholicisme est très minoritaire, se dire catholique peut constituer une identité plus structurée que dans une région historiquement catholique.
La paroisse n’est plus simplement une institution héritée.
Elle peut devenir un choix.
Les catholiques pratiquants évoluent alors dans des réseaux plus petits mais parfois plus cohérents.
Cela pourrait contribuer à maintenir une culture politique différente.
Mais il faudrait disposer de données sur la pratique religieuse pour vérifier cette hypothèse.
Car « catholique » ne veut pas dire « pratiquant »
C’est l’une des limites fondamentales de l’étude.
Elle mesure l’appartenance confessionnelle.
Pas nécessairement la foi.
Encore moins la pratique.
Nous ne savons donc pas, à partir de ces seuls chiffres, comment votent séparément :
les catholiques allant à la messe chaque dimanche,
les catholiques occasionnels,
les catholiques simplement inscrits à l’Église.
Cette distinction serait pourtant capitale.
L’enseignement des évêques produit-il encore un effet ?
La question reste ouverte.
Les évêques allemands ont adopté une position extrêmement critique envers le nationalisme ethnique et certaines orientations de l’AfD.
Or les catholiques votent moins AfD que les sans-religion.
On pourrait y voir un effet de l’enseignement ecclésial.
Mais rien ne permet de l’isoler des autres variables.
Milieu.
Âge.
Niveau d’études.
Lieu de résidence.
Histoire familiale.
Catégorie professionnelle.
Tous ces facteurs peuvent intervenir simultanément.
L’AfD elle-même veut modifier les rapports avec les Églises
Il existe d’ailleurs une autre dimension du problème.
Le programme régional de l’AfD prévoyait plusieurs modifications importantes concernant les Églises : fiscalité ecclésiastique, prestations historiques versées aux Églises et asile ecclésial notamment. Certains observateurs avaient parlé d’un véritable affrontement avec les deux grandes confessions.
Une partie des électeurs chrétiens pouvait donc considérer qu’elle votait pour un parti politiquement hostile aux institutions auxquelles elle appartient.
Cela montre à quel point l’identité confessionnelle n’organise plus à elle seule le vote.
La disparition des milieux catholiques
Pendant longtemps, le catholicisme allemand formait ce que les sociologues appelaient un milieu.
On naissait dans une famille catholique.
On fréquentait une école ou une association catholique.
On lisait une presse catholique.
On appartenait à un syndicat ou une organisation proche du catholicisme social.
Et l’on votait fréquemment pour le Zentrum, puis la CDU ou la CSU.
Ce monde a presque disparu.
Le catholique contemporain choisit beaucoup plus librement son univers politique.
Est-ce une mauvaise nouvelle ?
Pas nécessairement.
L’Église n’est pas un parti.
La liberté politique des fidèles est un principe important.
Il serait malsain qu’un baptême détermine automatiquement un bulletin de vote.
Mais cette liberté oblige l’Église à convaincre autrement.
Elle ne peut plus compter sur l’appartenance communautaire pour transmettre automatiquement une culture politique.
Une question beaucoup plus profonde apparaît
Les résultats de Saxe-Anhalt interrogent finalement moins l’AfD que la sécularisation.
Que devient une société lorsque les grandes institutions religieuses cessent de transmettre une anthropologie, un vocabulaire moral et une conception du bien commun ?
D’autres systèmes de valeurs occupent nécessairement l’espace.
Libéralisme.
Nationalisme.
Écologisme.
Individualisme.
Socialisme.
Identités culturelles.
Le recul du christianisme ne crée pas une société neutre.
Il modifie simplement les sources à partir desquelles elle pense.
Mais le christianisme ne garantit pas non plus la modération
L’histoire interdit toute naïveté.
Des chrétiens ont soutenu des régimes autoritaires.
Des catholiques ont adhéré à des idéologies nationalistes.
La foi peut être instrumentalisée.
L’appartenance confessionnelle n’est donc jamais une assurance automatique contre la radicalisation.
La question décisive est celle de la formation réelle des consciences.
Voilà peut-être la véritable leçon
Les statistiques montrent que l’appartenance chrétienne continue d’être associée à un comportement électoral différent.
Mais cette différence est devenue relative.
Le catholicisme n’est plus un bloc.
Le protestantisme non plus.
Et les sans-religion constituent eux-mêmes un ensemble très hétérogène.
L’Église allemande doit donc éviter deux illusions.
Croire qu’elle ne possède plus aucune influence.
Ou croire que l’étiquette « catholique » suffit encore à déterminer les consciences.
De l’identité héritée à la foi choisie
Dans une Allemagne de plus en plus sécularisée, le christianisme pourrait devenir numériquement plus petit mais identitairement plus conscient.
Le résultat des jeunes catholiques de Saxe-Anhalt est à cet égard particulièrement intéressant.
Il faudra voir s’il s’agit d’un accident statistique ou d’un phénomène durable.
Peut-être l’avenir du catholicisme allemand ne se jouera-t-il plus dans sa capacité à représenter une grande partie de la population.
Mais dans sa capacité à former une minorité suffisamment solide pour proposer quelque chose au reste de la société.
Note culturelle : pourquoi fête-t-on la naissance de Marie le 8 septembre ?
L’Église ne célèbre liturgiquement que trois naissances : celles du Christ, de la Vierge Marie et de saint Jean-Baptiste.
La date du 8 septembre se situe neuf mois après la fête de l’Immaculée Conception, célébrée le 8 décembre.
Dans le monde germanique, Mariä Geburt a longtemps constitué un repère important du calendrier religieux mais aussi rural, situé à la charnière de la fin de l’été et des travaux d’automne.
Vidéo
Une vidéo publiée par katholisch.de revient précisément, à l’occasion de Mariä Geburt, sur la généalogie de Marie et la signification de cette fête.
Voir la vidéo de katholisch.de consacrée à la Nativité de Marie
Sources
katholisch.de : Katholiken, Protestanten, Konfessionslose – Wer hat die AfD gewählt?
katholisch.de : ce que le programme de l’AfD prévoit pour les Églises de Saxe-Anhalt
Pour aller plus loin
[Allemagne : Mgr Stefan Oster attaqué après avoir défendu l’anthropologie catholique]
Article du 28 août 2026 consacré au rapport entre anthropologie chrétienne et débat public.
[À Altötting, Mgr Oster relie la dignité humaine à l’avenir de la démocratie]
Article du 17 août 2026 sur la conception chrétienne de la démocratie.
[Allemagne catholique : une Église riche, puissante, mais intérieurement inquiète]
Article du 4 juillet 2026 sur le paradoxe entre puissance institutionnelle et recul religieux.
Je n’ajoute pas de faux permaliens : ces trois titres sont bien présents dans les archives du blog, mais leurs adresses individuelles exactes restent à vérifier.
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Le fait que l’AfD obtienne 47 % chez les sans-religion contre 32 % chez les catholiques révèle-t-il encore une influence du christianisme sur le comportement politique, ou surtout une différence de milieux sociaux ?
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