🇩🇪 Allemagne : faut-il devenir plus pauvre pour redevenir missionnaire ?

 

Pour Markus Ingenlath, la France rappelle à l’Église allemande qu’une institution affaiblie peut retrouver le feu de la mission




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🇩🇪 Zusammenfassung

Die katholische Kirche in Deutschland verfügt weiterhin über starke Institutionen, ein dichtes soziales Netz und erhebliche finanzielle Ressourcen. Gleichzeitig verliert sie jedes Jahr zahlreiche Mitglieder, während fast die Hälfte der deutschen Bevölkerung keiner Religion mehr angehört. Katholiken stellen heute nur noch rund 23 Prozent der Bevölkerung.

Markus Ingenlath, Geschäftsführer von Renovabis und Mitglied des Zentralkomitees der deutschen Katholiken, schaut deshalb mit besonderem Interesse nach Frankreich. Dort habe ihn schon vor Jahrzehnten eine ärmere, stärker auf die Verkündigung des Evangeliums konzentrierte Kirche beeindruckt. Nach dem Frankreichbesuch von Papst Leo XIV. stellt sich diese Frage neu: Muss die deutsche Kirche lernen, weniger eine große Institution zu verwalten und wieder stärker missionarisch zu denken?

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Article

Une Église encore puissante dans un pays qui ne croit plus comme avant

Le paradoxe allemand apparaît dès que l'on rapproche les structures de l'Église et l'évolution de la société. L'Allemagne compte plus de 83 millions d'habitants, mais près de la moitié de la population se déclare désormais sans religion. Les catholiques représentent environ 23 % des habitants et les protestants autour de 20 %. Dans l'entretien accordé à KTO, il est également rappelé qu'environ 300 000 personnes ont quitté l'Église catholique en 2025.

Pourtant, l'Église allemande reste l'une des mieux organisées d'Europe. Elle dispose de diocèses structurés, d'un vaste réseau social, d'œuvres caritatives, d'établissements éducatifs et du système du Kirchensteuer, l'impôt ecclésiastique. C'est précisément ce qui rend la situation si intéressante : une institution peut conserver longtemps des moyens considérables alors que sa base humaine et sa capacité de transmission se réduisent. La question n'est donc plus seulement de savoir comment maintenir les structures, mais ce qu'elles doivent encore servir.

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Léon XIV refuse pourtant le scénario d’une disparition programmée

Lors de la conférence de presse donnée dans l'avion après son voyage en France, Léon XIV a été interrogé sur le recul constant de l'Église catholique en Allemagne. Il a reconnu l'ampleur des difficultés, mais il a refusé d'en tirer la conclusion que le catholicisme allemand serait condamné. Il a insisté sur deux éléments : retrouver un véritable esprit missionnaire et chercher les bonnes voies pour rejoindre ceux qui désirent encore vivre et célébrer leur foi chrétienne.

Markus Ingenlath approuve nettement cette analyse. Pour lui, le pape a raison de mettre la mission au premier plan. Il affirme voir également des jeunes prêts à s'engager en Allemagne et considère que la mobilisation observée en France peut devenir une source d'inspiration. Le fait que Léon XIV ait reçu une invitation à venir en Allemagne renforce encore cette comparaison entre deux Églises européennes confrontées à la sécularisation, mais qui ne disposent ni des mêmes moyens ni des mêmes habitudes pastorales.

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La France devient un contre-exemple inattendu

Cette comparaison franco-allemande traverse tout l'entretien. Le président de la Conférence épiscopale allemande, Heiner Wilmer, avait lui-même présenté la France comme un possible « laboratoire du réveil du catholicisme ». La formule prend un relief particulier dans une Allemagne habituée depuis des années à parler de sorties d'Église, de restructurations diocésaines et de baisse des ressources futures.

Markus Ingenlath insiste surtout sur ce qu'il appelle l'esprit missionnaire. Il estime qu'en Allemagne le mot « mission » reste parfois difficile à employer en raison de son histoire et des souvenirs de conversions imposées ou associées à des rapports de domination. Mais il ne pense pas que cette mémoire doive conduire les catholiques à renoncer à toute volonté d'annoncer leur foi. Il oppose à cette crainte une Église française qui, selon lui, a été contrainte par sa pauvreté institutionnelle à revenir davantage vers la prédication de l'Évangile.

Ce regard est d'autant plus personnel qu'Ingenlath a lui-même étudié en France il y a environ trente ans. Il se souvient de prêtres qu'il trouvait très spirituels et capables d'attirer des jeunes en recherche. Ce qui l'avait marqué n'était pas la puissance de leurs institutions, mais leur intensité spirituelle. Il voit aujourd'hui dans cette expérience quelque chose que l'Église allemande pourrait sauvegarder ou retrouver : un feu missionnaire qui ne repose pas d'abord sur la solidité des structures.

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Le Kirchensteuer : une force immense, mais aussi une dépendance

L'entretien rappelle aussi pourquoi l'Église allemande dispose encore de ressources aussi importantes. Markus Ingenlath rattache l'origine du système actuel aux grandes sécularisations du début du XIXe siècle, lorsque de nombreux biens ecclésiastiques furent confisqués ou transférés. Au fil du temps, un système de financement institutionnel s'est mis en place, et l'État prélève aujourd'hui l'impôt ecclésiastique pour le compte des Églises concernées.

Ce modèle permet de financer un réseau considérable, mais il rend aussi les départs très concrets. Lorsqu'un fidèle quitte officiellement l'Église, il ne s'agit pas seulement d'une perte symbolique ou pastorale : les ressources diminuent également. Ingenlath ajoute à cela un problème démographique. La génération des baby-boomers arrive progressivement à la retraite, ce qui signifie aussi une baisse future des revenus liés aux salaires. L'Église allemande devra donc de toute façon apprendre à vivre avec moins de moyens.

La question décisive est alors de savoir comment cette diminution sera vécue. Elle peut conduire à une simple gestion du recul, faite de fermetures, de regroupements et de réductions budgétaires. Elle peut aussi obliger l'Église à se demander ce qui est véritablement indispensable à sa mission. C'est à cet endroit que l'exemple français devient intéressant : une institution moins riche peut parfois être contrainte de revenir plus directement à l'annonce, à la communauté et à l'accompagnement personnel.

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Les abus ont surtout détruit la confiance

Ingenlath refuse néanmoins d'expliquer les sorties d'Église par la seule sécularisation ou par les questions financières. Il revient longuement sur les abus sexuels révélés à partir de 2010 et sur le rôle joué par une école jésuite de Berlin dans la mise au jour publique du problème. Selon lui, cet épisode a profondément atteint la crédibilité de l'Église allemande et a contribué à accélérer les départs.

Il insiste aussi sur le fait que la question ne peut pas être réduite à quelques comportements individuels. L'Église a dû examiner les abus de pouvoir, les abus sexuels et les abus de confiance spirituelle, ainsi que les conditions institutionnelles ayant favorisé leur développement. Pour Ingenlath, ce travail ne doit pas s'arrêter. Une Église qui voudrait retrouver une dynamique missionnaire sans continuer à traiter cette crise de crédibilité manquerait donc l'un des principaux obstacles à sa parole.

Cela change aussi la compréhension de la mission. Il ne suffit pas de communiquer davantage ou de produire un discours plus attractif. Une institution qui veut transmettre la foi doit être jugée digne de confiance par ceux auxquels elle s'adresse. Le renouvellement pastoral ne peut donc pas contourner les blessures du passé.

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Le Chemin synodal est né de cette crise, mais il ne rassemble pas tout le monde

Le Chemin synodal allemand prend lui aussi place dans cette histoire. Ingenlath rappelle qu'après les révélations sur les abus, la Conférence épiscopale a demandé au Comité central des catholiques allemands de participer à une réflexion sur les causes du problème et sur les transformations nécessaires. Les discussions ont rapidement dépassé le simple échange de paroles pour aborder les structures, la participation des laïcs, les finances et l'organisation des grandes paroisses.

Il souligne cependant une nuance importante : l'Allemagne catholique n'est pas unanime derrière les orientations les plus maximalistes du processus. Certains fidèles très engagés dans les réformes sont déçus de voir revenir depuis plusieurs décennies les mêmes débats. D'autres catholiques, au contraire, s'inquiètent avant tout de la préservation du dépôt de la foi et de la communion avec Rome. Ingenlath rappelle que la Conférence épiscopale elle-même a constamment affirmé qu'elle ne voulait pas risquer cette communion et qu'il n'était pas question d'une « deuxième Réforme » allemande.

Cette diversité interne est essentielle pour comprendre la situation. Le débat allemand n'oppose pas simplement une Église entière au Vatican. Il traverse les catholiques eux-mêmes. Réforme institutionnelle, fidélité doctrinale, participation des laïcs et mission s'entrecroisent sans toujours produire les mêmes priorités.

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Mission et réforme ne devraient peut-être pas être opposées

L'entretien suggère ainsi qu'il serait trop simple d'opposer deux camps, l'un obsédé par les structures et l'autre uniquement préoccupé d'évangélisation. La crise des abus montre qu'une réforme des fonctionnements peut être nécessaire pour retrouver une crédibilité missionnaire. Mais une Église qui consacre l'essentiel de son énergie à sa propre organisation risque aussi de devenir incapable de parler à ceux qui sont déjà hors de ses structures.

La France intéresse alors précisément parce qu'elle semble déplacer le centre de gravité. Une institution moins protégée financièrement et socialement doit plus vite se demander comment annoncer, comment accueillir et comment accompagner. L'Allemagne, qui a longtemps bénéficié d'une infrastructure exceptionnelle, peut être tentée de considérer que la présence sociale de l'Église suffit encore à maintenir la foi. Or l'entretien montre que ce lien automatique ne fonctionne plus.

L'enjeu n'est donc pas de choisir entre réforme et mission. Il est de savoir si les réformes rendent effectivement l'Église plus capable d'annoncer l'Évangile et si les structures encore disponibles servent cette finalité.

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Renovabis montre pourtant une Église allemande capable de sortir d’elle-même

La dernière partie de l'entretien apporte un contrepoint important avec Renovabis, l'œuvre allemande de solidarité avec l'Europe centrale et orientale dirigée par Markus Ingenlath. Il rappelle que l'organisation est née après la chute du rideau de fer et la réunification allemande. Des laïcs et les évêques avaient alors estimé que l'Allemagne, désormais réunifiée dans la paix et la liberté, devait rendre quelque chose aux peuples d'Europe orientale qui avaient souffert de la guerre puis du système soviétique.

Renovabis a donc été pensée dès l'origine comme davantage qu'un simple mécanisme financier. Il s'agissait de soutenir des projets pastoraux et sociaux, mais aussi de reconstruire les dialogues entre Est et Ouest après plusieurs décennies de séparation. Ingenlath formule à ce propos une conception très claire : l'Église ne doit pas être seulement une communauté de personnes pieuses, elle doit agir comme un ferment dans la société.

Cette expérience montre que le catholicisme allemand sait encore penser en termes de mission, de solidarité et de transformation sociale lorsqu'il regarde au-delà de ses propres frontières. Le défi est peut-être désormais de retrouver la même imagination pour l'Allemagne elle-même.

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De Metz à Berlin, deux modèles européens se regardent

La visite de Léon XIV en France donne donc à ce débat une dimension supplémentaire. À Metz, tout près de l'Allemagne, le pape a parlé d'Europe, de paix et des racines chrétiennes du continent. Markus Ingenlath explique avoir été particulièrement touché par cette étape et par la référence à Robert Schuman, qu'il replace dans l'histoire de la réconciliation européenne après les guerres franco-allemandes.

Si Léon XIV se rend un jour en Allemagne, il découvrira presque le miroir inversé de ce qu'il vient de voir en France. D'un côté, une Église française beaucoup moins puissante institutionnellement, mais où certaines dynamiques missionnaires et des engagements nouveaux apparaissent. De l'autre, une Église allemande encore très organisée, influente socialement et financièrement solide, mais obligée de penser son avenir dans une société de plus en plus détachée du christianisme.

L'intérêt ne consiste pas à déterminer quel pays possède le meilleur modèle. Il est de comprendre ce que chacune de ces Églises peut apprendre de l'autre.

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Pourquoi cela compte

L'entretien de Markus Ingenlath dépasse finalement les catégories habituelles opposant une Allemagne « réformatrice » à une France supposée plus traditionnelle. Son témoignage suggère une différence plus profonde : l'Église allemande vient d'un modèle où les structures ont longtemps protégé une présence chrétienne très forte, tandis que l'Église française a été contrainte plus tôt d'apprendre à vivre comme une minorité.

Aujourd'hui, certains responsables allemands regardent cette expérience avec une curiosité nouvelle. Non parce qu'ils voudraient copier mécaniquement la France, mais parce qu'ils y voient une question qui les concerne désormais directement : que devient une Église lorsque son environnement ne transmet plus spontanément la foi ?

La réponse ne se trouve probablement ni dans la nostalgie ni dans la simple gestion administrative. Elle suppose une institution capable de reconnaître ses blessures, de réformer ce qui doit l'être, de préserver sa communion ecclésiale et surtout de retrouver une raison d'aller vers ceux qui ne viennent plus jusqu'à elle.

C'est peut-être ce que la pauvreté relative de l'Église française rappelle aujourd'hui à l'Allemagne : on peut perdre beaucoup de sécurité institutionnelle sans perdre nécessairement la capacité d'annoncer.

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🏺 Note culturelle : Renovabis, « tu renouvelleras »

Le nom Renovabis vient du latin et renvoie à l'idée de renouvellement. L'œuvre a été créée après la chute du rideau de fer pour soutenir les sociétés et les Églises d'Europe centrale et orientale par des projets sociaux, pastoraux et par le dialogue entre les deux parties du continent.

Dans l'entretien, Ingenlath insiste sur cette dimension de reconstruction des liens. Les décennies de séparation avaient créé une profonde méconnaissance réciproque entre l'Est et l'Ouest. Renovabis devait donc contribuer non seulement à financer, mais aussi à reconnecter.

Le nom prend aujourd'hui une résonance presque ironique : l'Église allemande qui voulait contribuer au renouvellement de l'Europe orientale doit désormais réfléchir elle-même aux conditions de son propre renouvellement.

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📚 Pour aller plus loin

🇩🇪 Allemagne : après des décennies de déclin, les baptêmes d’adultes annoncent-ils un retournement ?

Un complément direct sur les petits signes de renouveau qui alimentent aujourd'hui les interrogations allemandes.

Allemagne : Léon XIV refuse d’enterrer l’Église allemande

Le point de départ pontifical du débat : reconnaître le recul sans considérer qu'il constitue nécessairement une fatalité.

TikTok sauvera-t-il la transmission catholique allemande… ou simplifiera-t-il la foi jusqu’à la caricature ?

Parce que retrouver un esprit missionnaire signifie aussi apprendre à parler dans les espaces réellement fréquentés par les nouvelles générations.

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🔎 Sources

KTO, Église du Monde : Allemagne, quel chemin pour l'Église catholique ?, entretien avec Markus Ingenlath.
La transcription revient notamment sur la sécularisation, les sorties d'Église, la crise des abus, le Kirchensteuer, le Chemin synodal, la mission et Renovabis.

Renovabis : présentation de l'organisation et de son équipe

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L'Église allemande doit-elle accepter de devenir matériellement plus légère pour retrouver une plus grande liberté missionnaire ?

La France peut-elle réellement lui servir d'inspiration, ou les histoires religieuses et institutionnelles des deux pays sont-elles trop différentes pour permettre une telle comparaison ?

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