Weingarten : près de 3 000 personnes se mobilisent pour sauver l’autel du Saint-Sang
Une restauration qui devient une bataille liturgique
Saint du jour — La Passion de saint Jean-Baptiste
En ce 29 août, l’Église fait mémoire de la Passion de saint Jean-Baptiste, décapité sur ordre d’Hérode Antipas après avoir dénoncé son union avec Hérodiade. Celui que le Christ présente comme le plus grand parmi les enfants des hommes termine ainsi sa mission comme il l’avait commencée : en témoignant de la vérité sans chercher à ménager les puissants.
La fête du 29 août est ancienne dans la tradition chrétienne. Elle complète celle de la Nativité de saint Jean-Baptiste, célébrée le 24 juin, en donnant à contempler l’accomplissement de sa vocation de Précurseur : annoncer le Christ jusque dans le martyre.
Zusammenfassung
In Weingarten sorgt die geplante Neugestaltung des Altarraums der Basilika St. Martin für heftige Diskussionen. Fast 3.000 Menschen haben eine Petition für den Erhalt des Heilig-Blut-Altars von 1931 unterzeichnet. Die Kirchengemeinde verteidigt dagegen einen neuen Altarraum, der liturgische, bauliche und sicherheitstechnische Anforderungen miteinander verbinden soll. Hinter dem Streit steht eine grundsätzliche Frage: Wie soll eine lebendige Kirche mit ihrem liturgischen Erbe umgehen?
Un autel de 1931 devenu patrimoine
La basilique Saint-Martin de Weingarten est l’un des grands monuments du catholicisme de Haute-Souabe. L’ancienne abbatiale bénédictine, immense édifice baroque consacré en 1724, est surtout connue pour une relique traditionnellement présentée comme contenant du Saint-Sang du Christ.
C’est autour de cette relique que s’est développée l’une des manifestations les plus spectaculaires du catholicisme populaire allemand : le Blutritt, la grande procession équestre du vendredi suivant l’Ascension.
Mais depuis plusieurs semaines, ce n’est plus seulement la relique qui attire l’attention. C’est l’autel devant lequel elle est actuellement présentée.
L’actuel autel du Saint-Sang remonte à 1931. À l’occasion de la vaste restauration de la basilique engagée depuis 2021, son avenir est désormais remis en question.
Le conseil paroissial de Saint-Martin a choisi en mars dernier un projet de réaménagement du sanctuaire. L’actuel autel doit être remplacé par une nouvelle création contemporaine.
Cette décision provoque une opposition qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
Au 26 août, 2 920 personnes avaient signé une pétition demandant le maintien de l’autel historique, selon CNA Deutsch. La pétition, lancée le 10 juillet, doit rester ouverte jusqu’au 1er octobre.
Pourquoi la paroisse veut-elle changer le sanctuaire ?
Le projet n’est pas né d’une simple volonté de modernisation esthétique.
La basilique fait actuellement l’objet d’une restauration considérable, financée principalement par le Land de Bade-Wurtemberg, propriétaire de l’édifice. Les travaux ont notamment révélé que le socle de l’autel de 1931 était détérioré.
La sécurisation de la relique pose également problème. De nouveaux dispositifs techniques doivent permettre de mieux la protéger contre un éventuel vol.
Mais les responsables paroissiaux ont choisi de profiter de ces travaux pour aller plus loin.
Dès 2023, un concours d’idées avait été lancé pour réfléchir à une nouvelle organisation du sanctuaire. Vingt-six propositions furent examinées. La paroisse expliquait alors vouloir tenir compte des dimensions liturgiques et théologiques « à la lumière du concile Vatican II », mais également réfléchir à la manière de présenter et de faire vénérer aujourd’hui la relique du Saint-Sang.
Il ne s’agit donc plus simplement de réparer un socle endommagé.
Il s’agit de déterminer ce que doit être le cœur liturgique de la basilique pour les prochaines décennies.
Les opposants refusent la disparition de l’ancien autel
C’est précisément cette extension du projet que contestent les auteurs de la pétition.
Ils ne demandent pas que l’on abandonne la restauration de la basilique. Ils souhaitent que l’autel de 1931 soit restauré plutôt que remplacé.
Leur argumentation est d’autant plus intéressante qu’elle ne repose pas sur un rejet du concile Vatican II.
Au contraire.
Les pétitionnaires font remarquer que l’autel est déjà indépendant et permet parfaitement la célébration de la messe face au peuple. Ils invoquent même Sacrosanctum Concilium, la constitution conciliaire sur la liturgie, pour défendre son maintien.
L’affaire échappe ainsi à l’opposition habituelle entre « traditionalistes » et « réformateurs ».
Car l’autel que les uns veulent désormais protéger comme élément du patrimoine fut lui-même une innovation.
Un autel antérieur de trente ans à Vatican II
L’aménagement de 1931 est particulièrement intéressant dans l’histoire de la liturgie allemande.
Il fut réalisé en plein développement du Mouvement liturgique, plusieurs décennies avant le concile Vatican II.
L’Allemagne et l’Autriche furent alors parmi les principaux laboratoires européens d’une réflexion cherchant à rendre la liturgie plus intelligible et à favoriser une participation plus consciente des fidèles.
Selon les défenseurs de l’autel, celui de Weingarten permettait déjà la célébration de l’Eucharistie face au peuple bien avant les réformes liturgiques des années 1960. C’est précisément ce qui lui donnerait aujourd’hui une valeur historique particulière.
Le paradoxe est remarquable.
Une innovation liturgique de 1931 est devenue, près d’un siècle plus tard, un patrimoine que des fidèles veulent protéger contre une nouvelle innovation liturgique.
La tradition n’est pas nécessairement l’état de 1931
La paroisse dispose cependant elle aussi d’un argument historique sérieux.
L’aménagement actuel n’est pas celui de la basilique baroque du XVIIIe siècle.
L’installation de 1931 avait elle-même profondément transformé le sanctuaire. Dans le dossier préparatoire au nouveau projet, la paroisse rappelle d’ailleurs que la basilique avait déjà connu plusieurs transformations et considère que les générations précédentes avaient elles aussi su intervenir de manière « ouverte, créative et courageuse » dans l’édifice.
Autrement dit, défendre l’autel de 1931 ne signifie pas nécessairement revenir à l’état historique originel de la basilique.
Les deux camps peuvent donc invoquer la tradition.
Les opposants défendent près d’un siècle de continuité liturgique et dévotionnelle.
Les promoteurs du projet rappellent que cette continuité est elle-même née d’une transformation d’un sanctuaire plus ancien.
Une décision jugée trop discrète
Une autre question nourrit cependant la contestation : celle de la méthode.
Le projet retenu par le conseil paroissial a été approuvé lors d’une séance non publique. Les opposants considèrent que les habitants et les pèlerins n’ont pas été suffisamment associés à une décision touchant un lieu qui dépasse largement le cadre de la seule paroisse.
Le responsable de la pétition, Johannes Paul Weiß, affirme que de nombreuses personnes ont le sentiment d’avoir été mises devant le fait accompli.
La paroisse rejette vigoureusement ces critiques. Le doyen Ekkehard Schmid et les responsables du conseil paroissial ont même accusé certains promoteurs de la pétition d’exercer des pressions sur des paroissiens et de diffuser des affirmations inexactes.
Le conflit est donc devenu suffisamment vif pour que la question architecturale se double désormais d’une crise de confiance.
L’évêché ne voit pas d’irrégularité
Le diocèse de Rottenburg-Stuttgart a également été saisi.
Son Ordinariat considère que l’aménagement du sanctuaire relève à la fois de questions liturgiques, architecturales, organisationnelles et patrimoniales et appartient donc au domaine de responsabilité du curé et du conseil paroissial.
Selon la réponse diocésaine rapportée par CNA Deutsch, les objections qui lui ont été présentées ne permettent pas de constater une violation du droit ecclésiastique nécessitant une intervention de l’autorité de tutelle.
Le projet peut donc juridiquement continuer.
Cela ne signifie évidemment pas que le débat pastoral soit clos.
150 000 euros pour le nouvel aménagement
La question financière s’est elle aussi invitée dans la controverse.
Le nouveau sanctuaire doit coûter environ 150 000 euros, à la charge de la communauté paroissiale.
La paroisse précise cependant qu’elle doit supporter environ 500 000 euros sur l’ensemble de l’opération et que le coût du nouvel aménagement liturgique représente moins de 1 % du coût total de la restauration de la basilique.
La restauration générale est en effet d’une tout autre ampleur : son coût dépasse les 17 millions d’euros.
Le projet définitif du nouveau sanctuaire doit être présenté à l’automne.
Si le calendrier actuel est maintenu, les transformations interviendront en 2027 et la consécration du nouvel autel est prévue pour le 31 octobre 2027.
Une question qui dépasse Weingarten
Cette querelle pourrait sembler très locale. Elle pose pourtant une question que connaissent désormais beaucoup d’églises européennes.
À partir de quand un aménagement liturgique moderne devient-il lui-même patrimoine ?
L’autel de Weingarten n’est ni médiéval ni baroque. Il n’appartient même pas à l’aménagement originel de la basilique.
Mais il approche désormais de son centenaire.
Des générations de fidèles ont assisté à la messe devant lui. Des pèlerins y ont vénéré le Saint-Sang. Des prêtres y ont célébré avant et après Vatican II.
Le remplacer signifie donc bien davantage que changer un meuble.
Mais le conserver signifie également figer un état de la basilique qui, en 1931, avait lui-même remplacé un état antérieur.
La véritable opposition n’est peut-être donc pas entre tradition et modernité.
Elle est entre deux conceptions de la tradition : celle qui insiste sur la conservation de ce qui a été reçu et celle qui considère qu’un sanctuaire vivant peut continuer à évoluer.
Dans une basilique dont l’histoire s’étend sur plusieurs siècles, aucune des deux questions ne peut être balayée d’un revers de main.
Et la mobilisation de près de 3 000 personnes montre au moins une chose : pour beaucoup de catholiques, l’architecture liturgique reste tout sauf indifférente.
Note culturelle — Le Blutritt
Weingarten ne serait pas Weingarten sans le Blutritt.
Chaque année, le vendredi suivant l’Ascension, la relique du Saint-Sang quitte la basilique pour une immense procession à cheval à travers la ville et la campagne de Haute-Souabe.
Des milliers de pèlerins y participent ou viennent assister au passage des cavaliers. Cette tradition spectaculaire rappelle que la relique conservée à Weingarten n’est pas simplement une pièce du patrimoine religieux : elle demeure au centre d’une culture catholique locale encore vivante.
C’est aussi ce qui explique l’intensité de la controverse actuelle. Pour les fidèles attachés au pèlerinage, l’aménagement du sanctuaire touche directement à la manière dont cette dévotion séculaire est transmise.
Vidéo
K-TV — « Das schwäbische St. Peter » : la basilique de Weingarten, le Saint-Sang et le Blutritt
Sources
CNA Deutsch — « Basilika Weingarten: Fast 3.000 Menschen gegen Abbruch des Heilig-Blut-Altars »
SWR — « Streit um neuen Altar in der Basilika in Weingarten »
Paroisse Saint-Martin de Weingarten — dossier officiel sur le projet d’aménagement du sanctuaire
Pour aller plus loin
La Chrétienté germanique — index des articles
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Faut-il préserver l’autel de 1931 comme témoin du Mouvement liturgique et de près d’un siècle de pèlerinage, ou profiter de la restauration de la basilique pour repenser entièrement le sanctuaire ?
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